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La boîte à fourbi

Diseux, faiseux, évolution et maux de crâne

15 Février 2014 , Rédigé par Shinkel Publié dans #Boulot, #Peublik Reulaysheunz

Depuis un peu moins d'un an, j'ai eu le choix de continuer dans le domaine dans lequel j'officiais depuis quelques années, à savoir tester des trucs et des machins sur le squelette électronique de voitures à sortir (ça n'a l'air de rien, mais y'en a, des trucs et des machins à tester dans une wature, si si!); continuer en changeant de poste, donc, tout en conservant le même domaine, histoire de mettre à profit ce que l'on nomme pompeusement "expertise", que j'appelle "expérience des conneries dans un domaine" (oui, c'est la même chose), ou alors de changer totalement de poste et de domaine, en mode "adieu veaux, vaches, cochons".
N'étant guère de la campagne, j'ai donc opté pour un semi-changement de poste dans un identique-domaine. Chaud devant.

Ainsi que je vous le disais, j'officiais dans le "faiseux" : j'écrivais des tests, beaucoup de tests, pour que eul' client ait le moins de chances possibles de pannes (dans ce que je couvre comme type de pannes, je ne suis pas bagnolement omnipotent), et je passais encore plus de tests, de cette fâcheuse tendance qu'ont les tests écrits à se multiplier tels de facétieux lapins.
Pour vous situer le truc, étant technicien, j'ai toujours eu la plus grande aversion pour les ennemis des faiseux, les diseux. Le jeune travailleur que j'étais a toujours eu beaucoup de mal à comprendre pourquoi l'on glorifiait les diseux plus que les faiseux; pourquoi le mec qui vide nos poubelles à 6h du mat' et fait un boulot qui confine à l'insupportable bien qu'étant totalement indispensable était payé une fraction du salaire du gros politicard qui dort à longueur d'Assemblée, ça, ça m'a toujours fait grincer des dents.
De fait, j'ai souvent retiré une certaine fierté d'être "un homme de terrain", et sans être particulièrement vaniteux, j'estimais en connaître suffisamment long sur ce que je faisais, les tenants et les aboutissants, pour être qualifié de "compétent".
Pour autant, une fois les trois années à ce poste, si intéressant soit-il, bouclées, est venue l'heure de ma mobilité et j'ai donc décidé de mettre à contribution ce que j'avais appris au service d'une autre projet, mais point question de rempiler pour la même chose : ce coup-là, je prenais le poste de celui qui, avant moi, était passé de grouillot faiseux à superviseur diseux. Pas en avant, donc, sur le chemin de la réalité : les faiseux peuvent devenir diseux. Et mon diseux à moi se trouvait, à défaut d'être agréable (l'antipathie a été inventée pour lui), une mine de compétence et ce fut réellement instructif que de l'avoir à nos côtés (nous étions deux faiseux et lui en diseux, bien qu'étant au même niveau hiérarchique).
Point important, mon diseux, que je connais depuis le collège (oui, le monde est petit) cultive l'antipathie et passe pour un connard aux yeux de beaucoup de gens, mais en dépit d'un fichu caractère et d'une insupportable tendance à confondre "avoir souvent raison" et "avoir tout le temps raison", il voulait avant tout faire avancer le projet et ne nous marchait pas dessus pour servir ses propres desseins; je précise également que mon collègue faiseux (que j'ai toujours considéré comme bien au-dessus de moi au niveau de la qualité du travail) se trouvait être d'une remarquable bonne volonté et que les conditions étaient donc réunies, me considérant comme tout de même de plutôt bonne volonté, pour que le projet se passe bien.
Ce qui m'a permis d'apprécier le fait qu'un diseux ait été faiseux, il savait ce qu'il nous faisait faire pour l'avoir fait avant, et le respect, dans mon esprit personnellement individuel, se gagne en partie lorsque quelqu'un qui me dirige (hiérarchie ou pas) sait de quoi il parle d'un point de vue pratique. Et quand il ne sait pas, si son comportement vis-à-vis de ses faiseux est mesuré et va dans le même sens (par opposition à utiliser sa position pour ne servir que ses propres intérêts) et qu'il part du principe que l'on a tous à apprendre les uns des autres, là encore, il aura gagné mon respect.

Bref, j'ai passé trois ans qui, à défaut d'avoir été roses tout le temps, ont été très riches en apprentissages divers et j'ai donc fait le choix de continuer dans le domaine dans lequel j'avais tellement appris pour devenir à mon tour diseux.

Choisissez votre circuit

C'est bien beau de devenir diseux, mais encore faut-il avoir un projet sur lequel le devenir.
En l'occurrence, dès le départ, on m'a mis les points sur les i : "le projet X, d'où tu viens, c'était la merde. Eh bah le projet Y, ça sera quatre fois pire. Tu signes là."

En effet, projet hybride étant officiellement dérivé d'un projet "menant" très lourd technologiquement et déjà très à la ramasse, je devais ramasser les miettes et faire en sorte, à défaut de faire mieux, de faire "moins pire". Youpi.

En plus, c'est pour bosser sur un 4x4. J'aime pas les 4x4. Mais bon, c'est ça ou rien. Bon, bah ça, alors.

 

Choisissez votre équipe

Il faut déjà savoir que, dans mon boulot, il n'y a pas des tonnes de personnel interne à la boîte qui :
1) sache que mon boulot existe,
2) veuille passer ses journées à la cave, dans les ateliers, loin des chefs donc pas évident de briller,
3) tienne à faire ce travail très technique (mais passionnant), à l'heure où l'ensemble des activités devient de la gestion de planning et de la génération de courbes et d'indicateurs.
De fait, le projet menant avait déjà vampirisé toutes les ressources internes, j'ai donc composé mon équipe de sous-traitants travaillant déjà dans mon environnement de boulot (oui, parce que les manques d'effectifs, ça touche tout le monde). Je n'ai rien contre les sous-traitants, le seul problème de la sous-traitance, c'est que les gars peuvent trouver mieux du jour au lendemain et se barrer pour un CDI bien plus alléchant que leur contrat gagne-pain de sous-traitant; c'est le jeu et bien loin de moi l'idée de les en blâmer. Mais concrètement, cela veut aussi dire que je peux perdre un membre de mon équipe du jour au lendemain. Une paille.

Voici donc les membres de mon équipe :
- A, couvé par une "interne" (donc collègue) de la boîte avec qui il a déjà bossé, d'un tempérament plutôt effacé mais bien têtu quand ça lui prend, techniquement pas très au point mais de plutôt bonne volonté, qui ne faisait pas exactement le même travail mais ce dernier se trouvait être assez proche philosophiquement du travail à faire dans mon équipe; pas très autonome (surtout relativement au reste de l'équipe).
- S, vétéran dans le domaine, de dix ans plus jeune que A, caractère bien trempé, techniquement très au point, il faisait déjà le même boulot sur un autre projet.
- G, arrivé plus tard, s'entend comme larron en foire avec S, caractère remarquablement buté, occasionnellement emporté, techniquement pointu et autonome, son principal souci étant de ne pas avoir de filtre entre son cerveau et sa bouche. Très détaché de ce qu'il fait et de ses relations aux autres, j'ai travaillé avec lui par le passé dans un domaine proche.
- M, s'entend bien avec A, d'un naturel totalement passe-partout, il fait en sorte de ne pas faire de vagues et possède le juste ratio détachement/contact avec ceux de son équipe. S'il a un avis, il se garde bien de le faire partager.
J'en ai un dernier, mais il est à part et n'a que fort peu, pour le moment, d'intéractions avec mon équipe.

Background

N'ayant jamais "managé" de personnes avant, le bon technicien que je fus a été d'abord en proie aux doutes : vais-je y arriver, pourrais-je réussir à gérer ce beau monde avec suffisamment d'autorité pour que le boulot soit fait mais avec assez de facilité de contact pour ne pas transformer le travail en bagne payé?

Il faut savoir que par le passé, j'ai eu plusieurs types de chefs.
Mon premier, que nous appellerons "Jihem", était quelqu'un de carriériste mais, étant jeune embauché, je ne pouvais pas encore me rendre compte des ficelles qu'il tirait, avec plus ou moins de succès, dans l'ombre. Il ne m'a jamais porté préjudice, mais son côté manipulateur me fait dire que j'ai été heureux de ne pas avoir travaillé avec lui après, notamment maintenant où ma personnalité est nettement plus mature (imaginez l'état de quand j'avais 20 ans!).
Mon second, "Tédé", a débarqué de 6 ans aux US et se trouvait être ingénieur avant d'être chef (il a été en fait un collègue pendant environ un an avant de passer chef). Techniquement, c'était une brute. Malheureusement, du moment où il est passé chef, il est devenu pratiquement le pire que j'aie jamais eu : toujours sur mon dos, lunatique... Assez incroyable. Tiens, une anecdote : un matin, mon chef débarque et, comme nous nous entendions bien (coup de bol, nous étions dos à dos dans le même box), il engage la conversation sur l'acquisition de sa maison, qu'il envisage sur le moment. Nous parlons pendant une demi-heure, la conversation se termine, il vaque pendant une minute à ses occupations, puis se retourne brusquement et me sort "dis donc, t'as encore rien foutu ce matin." Je me retourne, pensant à un trait d'humour, mais non, il était mortellement sérieux. Franchement décontenancé, je lance un regard à mon collègue Fred, qui me regarde d'un air de dire "LOLWHAT?". Pas évident de faire quoi que ce soit pendant que ton chef te tient la jambe... Enfin bon, des comme ça, il m'en a fait quelques-unes, et je me suis vite dit qu'il n'était pas fait pour être chef : son management était totalement foireux, à toujours garder tout le monde à l'oeil: il ne prenait pas le moindre soin pour filtrer les infos et autres humeurs de la hiérarchie plus élevée, nous transmettant toute la pression telle quelle. Je me suis assez vite dit qu'il était gâché comme chef, lui qui techniquement était si brillant.
Le summum a été atteint un jour où il m'a demandé de tenir tête à la personne la plus butée que je connaisse : nous devions réaliser quelque chose pour cette personne, et pour cela, nous devions le consigner dans un cahier des charges, normal. Nous avions nos règles métier (histoire d'avoir des productions proches, et pas des trucs totalement inutilisables en dehors de leur utilisation courante) et quelques points clochaient. Je vais donc voir le "client" en essayant de lui expliquer ce qui coince (des détails en plus). Lequel, fidèle à lui-même, me soutient que ce sera comme LUI veut et pas comme mon chef le veut. Je retourne voir mon chef, qui me renvoie encore au charbon. A chaque passage, je tente d'adoucir les angles, d'amener la personne en face à comprendre le pourquoi du comment.. Problème : je n'ai jamais été bon à forcer les gens à faire ce que je considère moi-même comme déraisonnable, le souci, c'est que je comprenais les besoins de mon chef et de mon client et que ceux-ci étaient incompatibles.
La pression était telle des deux côtés (enfin, je me la suis surtout foutue tout seul, je pense) que j'en ai fondu en larmes. Mon chef s'est fait sacrément mal voir par le reste de mon équipe à m'avoir forcé moi, le mec de réputation sympa et pas prise de tête, à jouer les inflexibles comme ça : j'étais exactement la personne à ne pas mettre là-dessus. Attention, je ne me jette pas de fleurs : sympa et pas prise de tête, c'est bien souvent le meilleur moyen de se faire écraser par tout ce qui passe (genre... Genre bah, dans cette histoire). Pas vrai, Tom (qui me lira peut-être)?
Bref, Tédé était un piètre chef, mais je ne lui en voulais pas en tant que personne, nous nous voyons de temps en temps maintenant en-dehors pour quelques repas "en famille" chez l'un ou l'autre, mais ce ne fut pas ma meilleure expérience de management, disons.
Mon troisième chef était une chef, et ce fut à ce jour ma meilleure hiérarchique (et avant il semble un looong moment). Loin de tout cliché machiste, j'ai trouvé qu'être managé par une femme n'avait rien à voir avec le management des hommes que j'avais avant. Beaucoup plus humaine, elle nous faisait confiance, la bride au cou (quel bonheur par contraste!), mais toujours dispo si nous avions besoin d'elle. Et vue son équipe, elle avait des cas tordus à gérer et j'ai toujours été admiratif devant son abnégation et sa patience. Toujours en train de trouver les meilleurs compromis pour tout le monde, cela ne l'empêchait pas d'avoir ses avis et a toujours réussi à mener sa barque d'une main de maître, bien qu'elle prît beaucoup trop sur elle.
Mon chef d'après n'a duré que quelques mois, il nous laissait aussi la bride au cou, mais son manque de charisme l'a énormément desservi. Il y a une différence entre gentillesse et mollesse et, très clairement, je me suis demandé l'intérêt d'un tel hiérarchique : il n'apportait rien.
Mon chef actuel, enfin, est une version endurcie de ma chef appréciée : un tempérament plus marqué, une autorité calme mais bien plus présente, il y a du contrôle mais pas de tyrannie. Je pense que c'est le type de chef vers lequel tendre pour être le plus efficace, quitte à laisser moins de place au côté humain.

J'avais donc un panel de choix possibles pour le chef que je voulais être, tout en comprenant bien que je souhaitais susciter tout de même le respect, et être apprécié des gars que j'allais encadrer. Rien que ça.

Round 1 : les problèmes humains!

Je me vante (entre autres, j'aime me vanter) d'être un bon juge de caractère : quand quelqu'un ne me revient pas, il est rare que je me plante et qu'il se révèle autre chose qu'un connard. Comme ce gars que j'ai failli coller au mur (pour de vrai, j'en tremblais) mais que mon Surmoi m'a empêcher de crucifier, tiens.
Bref, j'arrive normalement à plutôt bien cerner les gens, mais les fautes, ça arrive. Comme lorsque, tenant compte de mon sentiment personnel, j'ai dû répartir mes 4 personnes sur mes 2 moyens d'essais (j'encadre ce que l'on appelle des "pilotes" de moyens d'essais).
Compte-tenu des forces et faiblesses de chacun, j'ai donc placé A (l'effacé techniquement en retrait par rapport aux autres) en binôme avec G (la grande gueule techniquement au point), partant du principe que deux caractères forts ou deux caractères faibles ensemble seraient moins productifs qu'un fort et un faible, enfin, un moins fort. Quelque chose me dit qu'ils sont assez incompatibles côté caractères, au-delà du fort/moins fort, mais je tente quand même.
S (le caractériel autonome) connaissant déjà le boulot, je l'ai laissé en solo sur son propre banc (d'essais, je précise, pas public). M (le neutre) me servirait de joker à placer sur les sujets techniques prenant du temps à démêler (en gros, investiguer sur "pourquoi crénom de poil de pipe en bois est-ce que ça marche paaaaas"). Je devais recevoir un troisième banc plus tard, mais je voulais déjà lancer la machine avec deux.
Je constate que G et S, mes deux caractères forts, se connaissant d'avant, forment un duo qui certes est efficace, mais ostracise le pauvre A, qui au lieu de se retrouver formé par son binôme, se retrouve exclu, avec à la clé des quolibets assez marqués du duo.
Au début, je me dis que ça va leur passer, je prends G et S à part pour leur expliquer le problème : qu'ils apprennent à modérer leurs sarcasmes, sinon ça va foutre en l'air mon équipe. De l'autre, j'en parle à A pour lui demander son point de vue, il semble blanc comme neige mais ce qui m'agace, c'est que la collègue qui le couvait commence à l'ouvrir à son tour et me donne des leçons, ce que j'apprécie moyennement (sa propre expérience n'ayant rien à voir avec la mienne, à ajouter au fait qu'elle se la joue objective alors qu'elle est tout le contraire en le couvant).
Les choses se passent plutôt mal an que bon an et A vient me voir un matin pour me dire qu'il en a assez et qu'il ne peut plus bosser avec G. Je le remercie de m'en avoir parlé et je décide donc logiquement de casser le binôme, de manière à laisser à A la charge du moyen d'essais, car je sens qu'il n'en a pas grand-chose à faire, de sa faute en partie mais aussi de celle de G qui s'accapare le banc et l'envoie voir ailleurs (tout le contraire de ce que j'espérais à la base). Afin de le responsabiliser, je laisse donc A en charge du banc.
Malgré tout, le mal est fait et A n'est plus motivé pour bosser dans mon équipe; sachant qu'il avait déjà de gros problèmes de motivation dans son ancien poste et c'est la raison pour laquelle la couveuse m'avait indiqué qu'elle en avait un peu marre de son manque de motivation et que le faire changer de poste chez moi l'aiderait peut-être à retrouver ce qui lui manquait. Mais comme les relations humaines n'ont pas été au rendez-vous dans mon équipe, le "y'en a marre" se retrouvait de nouveau là. Il me dit qu'il va demander à changer de contrat (il est prestataire, comme toute mon équipe). Je ne trouve pas les mots pour le convaincre du contraire, d'un autre côté, j'ai déjà baissé les bras, fermement convaincu que le caractère de A est incompatible avec celui de G et S; de plus, n'étant pas au top techniquement, je n'ai pas vraiment d'argument en sa faveur, mais je ne veux pas non plus lui planter un couteau dans le dos en me plaignant de lui, ce que je me suis toujours bien gardé de faire, me bornant à constater en mon for intérieur la différence de compétences s'accentuant entre lui et le duo G/S.
Dans ma tête, au moment où A me parle de son envie de partir, je me dis donc que je perds une personne, ce qui tombe mal puisque mon troisième banc était sur le point d'arriver.
Son manager côté boîte de presta et lui ont un entretien dont je ne sais rien, mais duquel A ressort en ayant retrouvé quelques points de motivation. Fort bien donc, je reprends mon organisation avec A sur son banc, G sur le second et S sur le troisième fraîchement débarqué, M restant en support transversal (c'est beau comme expression "support transversal", non? Ca fait pro! J'me sens pro rien qu'à le dire, voyez-vous).

Fin de l'incident, qui m'a permis de comprendre que j'aurais dû faire plus confiance à mon ressenti de l'humain, car je suis persuadé que G et S auraient fait un duo certes totalement déséquilibré par rapport à A seul sur le plan technique, mais qui humainement se serait nettement mieux passé. Mais bon, je ne nie pas ma responsabilité qui a fait qu'il y a eu conflit : la prochaine fois, je tenterai de faire plus attention au caractère de chacun.

Du reste, tout n'est pas si noir puisqu'avec cette organisation, mon équipe fonctionne sans tension depuis à peu près 6 mois maintenant, non seulement en apparence, mais en profondeur aussi : en demandant "innocemment" à l'un ou l'autre à intervalles irréguliers, je n'ai plus de "j'ai du mal avec machin" ou "truc est un boulet". Petite victoire, certes, mais victoire quand même.

La seconde crise que j'ai eu à gérer n'était pas de mon fait, cette fois : encore une incompatibilité caractérielle, encore avec G impliqué, mais cette fois avec un collègue que j'hébergeais dans mes locaux, de la même boîte de prestas que le reste de mon équipe.
Je tenais cette personne en haute estime, car très efficace dans son travail, autant que G l'était dans le sien. Mais ce que je ne savais pas, c'est qu'il y avait longtemps que G et lui, H, ne s'entendaient pas. C'est passé sous mon nez parce qu'ils y faisaient attention, mais il y a eu deux pétages de plombs dont un en ma présence, parti sur une bêtise comme d'habitude, mais dont l'issue a fait qu'il a fallu que je dégage H de mes locaux, vu que G fait partie de mon équipe. G a eu le mot de trop au moment où H n'attendait que ça, d'où clash.
J'ai été gêné pour eux sur le moment, parce qu'il n'est jamais agréable de constater les débordements de personnes que l'on estime en temps normal, mais j'ai conservé une prudente neutralité, pour une fois pas par lâcheté, mais parce que les deux avaient des arguments contre l'autre. Pour autant, si H a pété les plombs en premier, je ne lui en ai pas tenu rigueur, en toute franchise si j'avais été à sa place, je ne suis pas sûr de ne pas en avoir fait autant. Une fois n'est pas coutume, je me suis abstenu de tout jugement (ce qui est rare chez moi, je juge tout ce qui bouge) et l'affaire, si triste soit-elle, a été close.
H est ensuite venu me voir pour m'expliquer le pourquoi du comment, je lui ai donc sorti que je comprenais ce débordement à défaut de l'approuver, mais ça ne changeait pas ce que je pensais de lui (petit mensonge, je ne pensais pas qu'il était aussi volcanique, en fait). J'ai cependant vite constaté qu'il était dans le déni de ses responsabilités, il mettait en effet tout sur le dos de G et bien loin de lui l'idée qu'il était peut-être un peu trop à fleur de peau. Mais bon, comme il cherchait de l'approbation et que lui dire qu'il ferait bien de balayer devant sa porte avant de hurler comme il l'a fait n'aurait, à mes yeux, rien apporté de bénéfique, j'ai arrangé un peu mon discours pour lui dire l'essentiel.
G, de son côté, n'a en réalité jamais rien eu à faire de H (pas plus que de qui que ce soit d'autre): jamais, alors que l'on travaille dos à dos, il ne s'est retourné pour me dire "ah ah, t'as vu H, blablabla". Non. En fait, il n'a jamais fait autre chose qu'être exactement pareil avec H qu'il l'était avec les autres, donc ce caractère provocateur qui, s'il est certes déplorable, n'a rien d'impossible (même A s'y est fait, à défaut là encore d'approuver) à appréhender.
Neutralité, donc, dans une affaire qui ne me regardait pas.
Ceci étant dit, j'ai moins apprécié qu'après, H soit allé se plaindre à A que "je l'avais foutu dehors", ainsi que cette fâcheuse habitude, ainsi que je le découvrais à mes dépens ensuite, de H à se placer en victime, mais c'est une autre histoire et je quitte le domaine de ce que j'espère être mon objectivité.

Moi qui ne connaissais pas la gestion humaine, me voilà un peu formé. Et c'est que ça occupe! Y penser hors boulot, notamment, n'est pas "bien" mais fort difficile de s'en abstenir, que l'on y soit mêlé de près ou de loin. Je pense devoir encore apprendre à me détacher de ces situations... Y'a du pain sur la planche.

Round 2 : technique contre administraif!

Entre deux problèmes humains, je me suis évertué à ne pas soumettre mon équipe à trop de pression, car il m'a été demandé de les faire davantage travailler quitte à décaler leurs horaires ("eh c'est bon, ce sont des ingés et en plus des prestas, alors tu peux tout leur demander, ils sont payés pour ça"; ça n'a pas été dit comme ça, mais c'est le message malgré tout).
Alors OK, mon équipe n'est pas nécessairement la meilleure. Mais en aucun cas elle n'est responsable de l'état merdissimal du projet, car nous validons ce que les autres nous donnent, or si l'on nous donne nos trucs à valider à la ramasse, il n'y a pas de miracle : les validations seront aussi en retard. Sauf que, comme partout, tout le monde a l'impression d'être le dernier maillon qui doit tout rattraper. Bon, comme nous, on centralise l'ensemble des calculateurs de la bagnole pour valider leur fonctionnement ensemble, j'aime à croire que l'on est un peu plus légitimes que beaucoup de monde dans notre rôle de "dernier maillon".
Comme je vous l'ai dit au début, nous sommes dans un projet "suiveur", arrivant donc à la suite d'un gros projet très en retard lui aussi, donc nous devons attendre que les gens qui bossent pour le projet menant finissent pour passer au nôtre.
Et comme ça prend du temps, nos validations à nous prennent du retard, et à qui qu'on demande que ça aille plus vite? A nous, évidemment. Donc en avant pour les horaires de merde, je dois maintenir mes bancs ouverts (pour que nous, mais aussi d'autres qui les utilisent puissent valider) de 7h à 19h. Ma présence n'est pas requise mais celle de mes gars, oui. Sauf que leur boîte n'a pas jugé utile de les prévenir que leurs horaires devenaient glissants (alors que cela avait été évoqué dès le début, en tant que possibilité trèèèèès probable).
Ce qui m'a permis de découvrir les joies du jeu sur les mots. "Les bancs doivent être ouverts de 7h à 19h", telle est la consigne. Arrivant à 7h le matin, je n'ai aucun problème à faire l'ouverture. Mes gars, après sondage, me disent que le matin, pour cause de transports, et de leur goût aussi, ça ne sera pas possible. Fort bien donc, je leur demande à chacun de rester un soir par semaine pour que tous les jours sauf le vendredi, il y ait quelqu'un sur les bancs.En effet, personne n'a rien dit sur "les 3 bancs doivent tourner de 7h à 19h". Ils sont ouverts, et j'ai tenu mon engagement. C'est le mieux que je puisse faire, sachant que certes, c'est un jeu dangereux, mais je ne peux simplement pas me résoudre à obliger mes gars à rester tous les soirs tard pour une cause que je sais perdue d'avance : même en horaires étendus, on n'y arrivera pas, tout le monde le sait et c'est un jeu de dupes à "qui dénoncera le planinng le premier", sachant que ce n'est évidemment pas de moi dont il est question, mais de ma direction. En clair, "qui sera officiellement tellement dans le caca qu'il devra monter au créneau et faire décaler le planning, permettant à tous ceux qui ont serré les fesses dans l'ombre de relâcher la pression en toute impunité". Le premier qui craque a perdu et le mot d'ordre totalement implicite, c'est "surtout pas nous".

Dans l'ensemble, je m'en tire bien, dans la mesure où j'arrive à tirer de mon équipe suffisamment pour que le projet avance à bonne allure en dépit des monceaux de crasses qui nous arrivent en continu, tout en conservant un rythme qui ne les contraigne pas trop.

Et ça, ce n'est qu'une partie de ce que l'on me demande semaine après semaine : quand je me suis rendu compte que mon boulot n'était pas de faire du technique, mais de l'administratif qui explique en continu "pourquoi on n'en est que là", j'ai arrêté d'essayer de torcher l'administratif. Je suis devenu un diseux, et ne suis plus un faiseux. Autant par moments, je suis satisfait de soulager ce "mal nécessaire" des épaules de mes gars, comme décider des priorités, m'occuper des plannings, des appros pièces et câblages, bref, ce que je considère comme n'étant que des gênes dans le travail de mon équipe, mais devant être faits absolument: autant à d'autres occasions, quand je constate par exemple que j'ai travaillé 5 semaines consécutives sur un indicateur uniquement destiné à justifier pourquoi le retard n'est pas de notre fait et qu'au final, on demande encore à mes gars et moi-même de nous déchirer pour rattraper, ça me mine. Très fort.

Cela dit, c'est intéressant d'un point de vue personnel, parce que cela me permet d'embrasser "the bigger picture", un tableau plus large avec une perspective nouvelle. J'apprends à jouer le jeu de l'entreprise à un niveau au-dessus, à faire la différence entre "ce qu'on dit qu'on doit faire" et "ce qu'on fait". Ne plus prendre au premier degré, par exemple. Cela m'ouvre l'esprit à une certaine, disons, souplesse qui n'est pas, curieusement, sans me déplaire. Moi qui considérais que seuls les faiseux avaient du mérite... Changement de perspective, vous dis-je!

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HeXa 29/04/2014 14:55

Moi je veux des noms derrière A, S, G et M...Je les connais?