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La boîte à fourbi

Don de sang et faux semblants

16 Janvier 2017 , Rédigé par Shinkel

J'aime bien les titres doubles, j'me rends compte que j'ai du mal à m'en passer, d'ailleurs.

Les réseaux sociaux sont vraiment des endroits riches en expériences, un authentique bouillon de culture qui permet de se rendre compte qu'à l'instar des blogs (comme celui-ci), donner la parole à n'importe qui n'est pas vraiment une si bonne idée que ça.

Une connaissance poste voilà peu un message de l'Etablissement français du sang, indiquant que les stocks sont bas (malheureusement, ils sont tout le temps pas) et qu'il serait le bon moment de penser à donner un peu de son raisiné pour sauver le monde.

Etant donneur de sang depuis 2002 et de plaquettes depuis 2006 (de mémoire), j'essaye de motiver des gens mais il est courant de tomber sur "j'ai peur" et "je peux pas" ou encore "j'aime pas les aiguilles".
Examinons ensemble ces raisons, voulez-vous?
"J'ai peur", bien que dommage, est de mon point de vue recevable : la peur, ça ne se discute pas, et se faire planter une aiguille de 2mm dans le bras n'envoie guère du rêve. Dommage, donc, mais le niveau de peur pouvant aller jusqu'à la violence (dédicace à un certain Jean-Yves qui fait une crise de folie furieuse à l'approche de la moindre aiguille, malheureusement histoire vraie), ça ne se contrôle pas forcément.

"Je ne peux pas" arrive plus souvent qu'on ne le croit : maladie, médicaments, transfusions - même si la logique m'échappe un poil dans la mesure où le sang est supposé avoir été contrôlé; il est question de ne pas répandre une maladie non détectée lors de la transfusion, à partir d'un seul donneur initial. Bien que pouvant sembler absurde, c'est un principe de précaution, par définition, on préfère donc prévenir que guérir. Et je connais du coup des gens réellement désireux de donner qui ne le peuvent pas, et c'est pour eux une authentique source de frustration.

"J'aime pas les aiguilles", ou encore "ça fait mal", oui, évidemment que ça fait mal. Je suis douillet, à titre personnel, et ça fait plus de dix ans que, tous les deux mois, je passe au don de plaquettes, qui dure non pas 20 gentilles minutes comme le don de sang, mais 80 à 90 minutes. J'ai toujours autant horreur de ça, ça me fait mal et je m'en passerais volontiers. J'ai même été "raté" plusieurs fois, avec un hématome de patron de 60cm le long du bras, pourtant j'y suis retourné.
N'imaginez pas le chevalier blanc : je le fais, ça me coûte, mais ça sauve des vies. Alors si 90 minutes de bobo (modéré, c'est pas non plus une torture) peuvent sauver des vies, alors allez va, je tope là. Et puis bon, si un jour j'en ai besoin, c'est logique que je sois heureux de pouvoir être sauvé, non?
Donc, ceux qui me donnent cette réponse, j'essaye de les motiver, mais ça marche rarement.

 

Soyons clairs, je ne juge pas ceux qui ne donnent pas,  c'est dommage s'ils peuvent, mais c'est tout.

 

Sur ce, arrive le sujet du présent article. En réponse à la campagne de récolte de sang, un premier commentaire "j'ai la grippe" est posé. Ca, on ne choisit pas, en effet. Puis le suivant :

 

Je boycotte jusqu'au jour où les homosexuels pourront donner leur sang avec les mêmes conditions que les hétérosexuels.

 

Petite parenthèse explicative : parmi les causes possibles de refus de don, être homosexuel figure malheureusement en bonne place. En cause : une loi datant de 1983.
Je vous invite à lire cet article qui explique clairement les tenants et les aboutissants : http://www.caminteresse.fr/sante/pourquoi-les-homosexuels-ne-sont-pas-autorises-a-donner-leur-sang-1143769/
Les statistiques étant les statistiques, la loi est sortie en 1983 et depuis… Presque plus rien.
Suite à ça, les homosexuelles peuvent donner au même titre que les hétérosexuels (modulo intégrisme des établissements de don…), et les hommes, depuis juin 2016 : http://www.lemonde.fr/sante/article/2016/07/11/le-don-du-sang-officiellement-ouvert-aux-homosexuels_4967849_1651302.html

Sauf que, quand on parle d'une abstinence d'un an avant le don, certains appellent ça un progrès, j'appelle ça du foutage de gueule. Bref.
Ensuite, stats ou pas, ça n'innocente ou ne culpabilise personne : le don de sang passe par un entretien et un questionnaire basé sur la confiance : si j'étais homosexuel, non seulement je pense que je serais au moins autant sensibilisé aux saloperies que l'on peut attraper sexuellement qu'un hétéro, sinon plus, et ce n'est pas parce que je serais homo que je mènerais une vie de débauche.
De même, être hétéro n'indique pas DU TOUT une prudence quelconque en la matière : j'ai donc du mal à voir en quoi les homos sont moins dignes de confiance que les hétéros, sachant qu'une question est toujours présente à la fin des questionnaires : "pensez-vous avoir besoin d'un test de dépistage viral (hépatite, VIH)?". Tu veux de la confiance? Bah voilà, elle sert à ça, cette question, homo ou pas.

Je suis donc contre cette règlementation, qui est biaisée à la base.
Mais ce n'est pas le sujet.

Revenons à la réponse avec boycott à la clé.

Postée par une jeune femme, je sens d'office le caractère fort de la femme indépendante rien qu'à la tournure de phrase : quelqu'un de sûre d'elle. Sûr d'elle? E à la fin de sûr? Bref.
Bien vite, je me demande en quoi ça va changer quoi que ce soit de bon à ne plus donner : vu le nombre de fois où l'on m'a sorti cette réponse (c'est la première), je crois que cette position n'a pas le vent en poupe.
Et surtout, je vois la contrepartie de cette même position : je vois surtout un don potentiel en moins.
Et ce don potentiel, il irait à qui, à quelqu'un qui a pondu cette loi? J'en doute! Admettons que 100 blaireaux aient pondu cette limitation, sur les quelques 60 millions de personnes qui sont susceptibles de recevoir un don, ça fait donc ça fait donc une chance sur 600 000 que ce non-don punisse quelqu'un qui a effectivement à voir avec cette règlementation. Et donc 599 999 chances sur 600 000 que ça touche. Statistiquement, c'est peu, en termes d'impact. MAIS! Si l'on part du principe complotiste que ce sont des politiques qui ont pondu ça et que ces politiques ont une sphère d'influence largement au-delà du commun des mortels, les plaçant au-dessus en termes de chances de recevoir un don que la populace, on passe donc à des chances d'impact sur ceux à la cause du problème infinitésimales.
Sans compter d'ailleurs que, datant de 30 ans, ceux à l'origine de cette loi ne sont peut-être même plus tous vivants!

Dit autrement, on est mathématiquement sur un don de gâché, rien de plus.

Cette personne n'a d'ailleurs pas écrit à l'établissement français du sang, ni à qui que ce soit : elle boude dans son coin, rien de plus.

Je lui fais aimablement la remarque :

 

Quelles idioties... Oui, c'est absurde que les homos ne puissent pas donner dans les mêmes conditions. Etre hétéro ne te rend pas plus "safe", mais ils se basent sur des stats et comme toutes les stats, tu peux leur faire dire ce que tu veux.

Mais ne plus donner pour cette raison est encore plus idiot, parce que la personne qui recevra ton sang a statistiquement nettement moins de chance d'avoir décidé que les homos pouvaient pas donner dans les mêmes conditions que les hétéros que d'avoir eu voix dans cette réglementation.

Dit autrement : tu gâches un don qui peut sauver quelqu'un qui n'a rien à voir avec le problème. Bravo.

 

Sait-on jamais : on pourrait déboucher sur une conversation construite en utilisant l'anti-psychologie (pousser à une contre-réaction), puisque le sujet m'a, en vérité, instantanément gavé et que je ne me sentais pas de conforter la personne dans son choix.

Eminente réponse :

C'est mon choix et je fais ce que je veux, merci de le respecter. Je ne te connais pas, tu ne me connais pas, alors je ne te permets pas de dire que ce que je fais est idiot !

 

Ah, le Choix, le sacro-saint Choix. J'ai fait un choix donc il est automatiquement respectable. Attendu que je lui ai montré simplement qu'au moins une facette de son choix avait une faille, à sa place, j'aurais contre-attaqué cet emmerdeur qui juge direct avec une avalanche d'arguments bien sentis : après tout, n'est-ce pas là tout l'intérêt de communiquer? Et puis bon, aimant personnellement moucher les emmerdeurs, j'aurais sauté sur l'occasion.
Mais là, on a quoi ? "Mon choix, tu respectes, t'as pas à juger". Ah, mais c'est une mauvaise réponse d'un point de vue argumentaire, ma bonne dame!

 

Bon, je réponds :

Ah si si. Je ne dis pas que tu es idiote, je dis que ton choix est idiot parce qu'absurde. Nuance. Tu sanctionnes le quidam moyen qui n'a rien à voir avec la règlementation, ce qui fait que tu te places au même niveau que ceux qui l'ont pondue : du gâchis de dons sains possibles.

Rassure-moi, du coup, tu refuseras tout don dont tu pourrais avoir besoin, au moins?

 

Comme beaucoup de gens confondent "ce que tu dis est idiot" avec "tu es idiot", je préfère lever le voile tout de suite, là encore, sait-on jamais. Je réitère donc mon explication, histoire d'assurer une compréhension maximale, espérant toujours, donc, déclencher un sursaut d'argumentation dont, honnêtement, je doute fortement de l'existence.
Un point aussi qui me grattait est que puisque la personne refuse sciemment de donner pour des raisons morales si "fortes", elle refusera avec une égale force un don, dût-elle en avoir un jour besoin! Après tout, de telles convictions doivent être cohérentes pour avoir un impact, non?

 

Sa réponse est sans équivoque :

Oui, j'ai marqué "je ne permets pas de dire que CE QUE JE FAIS EST IDIOT".

En tous les cas, le don du sang n'est pas obligatoire, donc je réitère ma phrase ci-dessus: c'est mon choix, je fais ce que je veux, même si tu ne le comprends pas, merci de le respecter.

 

OK, je n'attendais que ça : qu'elle se raccroche à la forme plutôt qu'au fond, supportant mon hypothèse-que-je-voulais-vraiment-pas-envisager qu'elle n'a absolument aucun argument derrière, aucune cohérence, juste le fol espoir que je tombe dans le panneau du Respect (qui est dû, de toute évidence, pour elle, et qui se gagne, pour moi).
Tombant dans l'ironie la plus mordante, je réponds une dernière fois :

Pardon, Votre Majesté. J'espérais Vous voir ouvrir les yeux en pointant du doigt l'absurdité de Votre raisonnement, mais de toute évidence, c'est peine perdue. Je Vous laisse donc Vous complaire dans cet excellent comportement autosuffisant.

Au fait, ce n'est pas parce que la liberté d'expression existe qu'un choix est automatiquement respectable ou justifiable.

Et j'ai toujours pas ma réponse sur le refus de don, au passage.

 

Naturellement, sa réponse est à l'avenant de ses autres fulgurances :

Inutile d'utiliser ce ton condescendant.

Et ce n'est pas un inconnu sur internet qui va "m'ouvrir les yeux"

😂

Pour qui tu te prends ? Le messie ? T'as la science infuse ? Hahahahaha.

 

J'ai noté plusieurs choses dans ce commentaire : dans un premier temps, toujours pas de réponse quant à la cohérence de ses actions, mais à vrai dire, je n'en attendais plus. Point donc de "j'ai fait ci, j'ai fait ça, pour aller contre cette loi". Rien, néant.
Ensuite, je note le refus catégorique d'apprendre quoi que ce soit sur le Net, à plus forte raison venant d'un inconnu. Ce qui est déjà une bonne blague puisque, si je comprends bien, elle peut parler, mais refuse d'entendre (mais bon, je m'en étais bien rendu compte). Cela dit, je suis à peu près certain qu'elle fait partie des gens qui porteront du crédit à d'évidents hoaxes et autres pseudo-études sans remettre en question les sources (à titre personnel, je me fous de ces études, surtout par flemme de devoir vérifier, donc je me reconnais agnostique par paresse), qui pourtant seront issues de parfaits inconnus. Mais je spécule.
Et enfin, quand elle me parle de science infuse, sauf erreur, j'ai tenté de montrer avec plus ou moins de brio un raisonnement logique visant à prouver que son "choix" est absurde, quand elle ne m'a opposé que formalisme et dédain (ok, j'ai été assez vite ironique… Mais avec un peu de logique, j'ai donc pas tout faux, enfin j'espère!).

 

Pourquoi donc me fais-je donc autant de cas d'une évidente déficience mentale?
A dire vrai, je n'ai pas la moindre patience devant la connerie, à plus forte raison quand la connerie touche un sujet qui me touche (fût-ce que légèrement) et encore plus quand on essaye de se donner de grands airs avec des raisons qui, vues d'avion, semblent à peu près défendables, surtout parce qu'elles sont peu courantes.
C'est ridicule et ça me fout totalement les glandes de constater ce type de comportements.
Quand j'ai par la suite appris que la dame en question était féministe et vegan, j'ai eu de la peine pour ces mouvements de pensée qui sont déjà bien plombés par des caricatures d'activistes dans son genre.

 

Vu ensuite avec l'une de ses connaissance, cette première impression était plutôt juste puisque mon éminente opposante ayant toujours et systématiquement raison, sans jamais avoir besoin de se justifier, s'est trouvée épouser le même triste comportement dans tous les domaines, en faisant quelqu'un de redoutablement pénible. Ce que, dans les cercles des amis de la langue française, l'on qualifie à l'abri des oreilles sensibles "un bon gros con/une bonne grosse conne".

 

Tout ceci pour dire : donnez votre sang, vos plaquettes si vous pouvez, si vous vous sentez de le faire. Mais ayez au moins la décence de ne pas la ramener si vous n'avez pas les épaules pour.

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