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La boîte à fourbi

De l'art d'être prof (de sport)

4 Février 2013 , Rédigé par Shinkel Publié dans #Peublik Reulaysheunz, #Sport

Si vous êtes un lecteur (ou une lectrice!) régulier(ère) de ce blog(ue), vous savez déjà que je suis un grand sportif adepte de mes 54 heures de bodybuilding par semaine (ainsi que je l'expliquais >ici<). Je vous avais également fait part de >mon étude sur les différents phénomènes que l'on peut rencontrer dans une salle<, d'ailleurs cela n'a pas vraiment changé, j'ai toujours mes stars inaltérables (jeu de mots) qui n'en finissent plus d'essayer de devenirs puissants/sculptés/j'en passe et des meilleures.

Dernièrement, notre cher prof de sport a été remplacé, le soir.

En effet, il faut déjà comprendre que tenir une salle, c'est un boulot assez merdique niveau horaires, puisque P. ouvrait la salle le matin genre à 7:30 et faisait jusqu'à la fermeture le soir, à 20h. Suite à quoi, il tenait de son propre chef une salle de boxe, étant boxeur émérite entre autres coupes et différents brevets qu'il collectionnait. Oh certes, il ne s'agissait que d'une heure le matin, deux heures et demie le midi et trois heures et demie le soir... Mais il fallait être là.
Rien que pour ça, je respectais (et respecte toujours) le boulot de "teneur de salle".
Bon, évidemment, à quelques 50 ans approchants, il se ménageait, le bougre : tout le temps à son bureau ou à taper la discute avec les adhérents, de mémoire d'homme, personne ne l'a vu sur une machine, exception faite des quelques tours de pédales sur les vélos (notamment pour draguer de l'adhérente); et pendant les cours, tout au plus faisait-il un mouvement avec les adhérents, puis il parcourait la salle pour superviser les troupes, si j'ose dire, pas le grand effort physique, on va dire. Je suppose qu'il se gardait pour le soir, ou peut-être tout simplement pour pouvoir tenir le rythme.
P. est sympathique, de bon conseil, il est agréable de discuter avec lui de tout et de rien, et puis, c'est lui qui a fait la salle (il était là quand elle a ouvert et c'est lui qui a géré les machines, depuis le dépannage jusqu'au remplacement, et ce depuis plus de 10 ans). Je lui reprochais de ne pas faire l'effort de se souvenir des noms (pas de tout le monde, mais au moins des habitués) et de ne pas se rendre compte de l'effort que représentaient ses cours, logique puisqu'il ne faisait pas les mouvements qu'il nous montrait.

Le souci, c'est que prof dans une salle de sport, ça ne paye pas. Genre, des clopinettes, SMIC et des cacahuètes. Enfin, à ce que P. m'en a dit. Et que niveau augmentations, si vous et moi, nous nous plaignons, eux, ils en ont carrément les motifs pour (oui, parce que bon, se plaindre, c'est très français, je me souviens encore de ceux qui, l'an dernier, se plaignaient de ne pas être augmentés... En janvier, avant même les négociations et se foutaient en grève (moins d'une heure, sinon c'est compté, quel engagement mes bons camarades!), et quand ils me demandaient si je faisais moi aussi la grève, je leur répondais "bah non, j'ai pas encore motif à me plaindre", j'ai eu droit à "pffff rah là là, mais t'as rien compris, heureusement qu'on n'est pas tous comme toi, c'est des gens comme nous qui font bouger le truc, pas comme toi!" Je n'ai rien trouvé à répondre, me pensant dans mon bon droit - et les sachant un poil bornés. J'ai haussé les épaules, ça a aussi bien fait l'affaire). Donc, il a eu beau demander, ce bon P., à avoir des sous à hauteur de ses diplômes (plômes, plômes), car il m'expliquait qu'il était largement surqualifié pour le travail qu'il faisait. A ajouter en plus sa récente paternité, son club de boxe, il m'expliquait qu'il n'était pas dans le besoin, et qu'il étudiait donc la possibilité de ne plus faire que le midi, quitte à être payé moins, au moins, ça lui libérait du temps.
Ainsi fut fait, voilà quelques mois, il fut remplacé le soir par un certain J-M. Ledit J-M, me confia P., aurait été un ancien grand ponte de chez IBM, qui aurait décidé de tout plaquer polur changer de vie et devenir, donc, prof de sport; vocation qu'il ne pratiquait que depuis un an. Dépeint comme quelqu'un de sympathique et fortement intelligent, c'est donc un soir que je faisais connaissance avec le monsieur.
Première surprise : personne derrière le bureau! Je repère une nouvelle tête, pas un jeune... Ah, c'est toi J-M? Enchanté. J'essaye comme à mon habitude de nouer le contact, ça s'passe tranquillement. Je commence mes exercices au biceps, comme d'hab... Quoi, J-M? Que je fasse "plus comme ça?" Heu, oui, mais faire un seul bras à la fois avec des poids comme ceux-là, ça me tord la colonne et donc ça me sollicite trop brusquement abdos et lombaires... "C'est moins fatigant pour mon système nerveux central, vu qu'il n'a qu'un bras à gérer à la fois?" Je n'en sais rien, mais comme je te dis, je sens un déséquilibre trop important... OK quand tu fais ça avec 10-12kg, mais sur les 20, ça commence à vraiment faire mal... On dirait qu'il fait la gueule. Pas grave-grave, mais quand même. D'un autre côté, je crois connaître suffisamment mon corps en 8 ans de musculation pour savoir ce qui va et ce qui ne va pas, mais bon.

Toute cette première séance, il va venir parler, blaguer, me donner des conseils... Autant P. était distant, autant lui, purée, c'est tout le contraire, bonjour la sangsue! Et vas-y que je me la pète, regarde comment qu'y sont gros mes muscles... Oui, alors que je précise : le monsieur est maigre. Pas mince, maigre. Du coup, des muscles un peu travaillés ressortent très fortement sur son corps noueux, ce qui passe pour un profane pour "musclé". Mais attention, encore une fois, à la différence musclé / sec ! Certes, je suis mauvaise langue, il est quand même musclé par rapport à son gabarit, ce n'est pas le premier venu, de ce que j'en ai compris, qui peut devenir prof' de sport. M'enfin bon, il est officiellement "conseiller sportif", c'est-à-dire que si j'ai besoin, je lui demande, et si je fais mal un mouvement, il me corrige (à nuancer avec "si je fais un mouvement différemment de lui, c'est pas forcément que je le fais mal", sans prétendre avoir la science infuse de mon côté non plus).

Séance suivante, Davy, un sympathique adhérent depuis de nombreuses années, avec qui nous aimons à plaisanter (par exemple l'intemporel "ça va, t'as la pêche?!" de P. prononcé avec sa noix nasillarde), me sort de manière à ce qu'il n'y ait que moi qui entende : "Tiens, tu connais pas la dernière? J-M, avant, il roulait en Ferrari! Et puis il a eu des Audi, des Porsche, des yachts, c'est pour ça que maintenant, il roule dans une Micra toute pourrie!". Je trouve le sarcasme facile mais amusant, ceci étant dit, je fais ma petite séance. J-M se pointe, et je remarque un tic énervant : pas moyen pour lui de parler à quelqu'un sans quasiment se coller à lui. Donc, s'il refoule un peu du goulot - ah, c'est le cas! - tu te prends les effluves en pleine poire. Bien, bien. Je fais contre mauvaise fortune bon coeur, et continue mes exercices.

Parallèlement à cela, le jeudi soir, heure de ma séance, il y a un cours de stepper dans la salle d'à côté. Du temps de P., il y avait à l'aise 10 personnes minimum, sinon 15 qui venaient le soir. Je ne me souviens plus combien de séances précisément il m'a fallu pour me rendre compte qu'il n'y avait plus que 3, 4 personnes max dans le cours, dorénavant assuré par J-M. Bon, comme c'est en même temps le début d'année scolaire, il faut le temps que les gens reviennent, je ne sais pas trop. Et puis passent les séances et toujours personne. Je crois revoir des têtes connues qui allaient au cours auparavant, mais il semble qu'elles ne reviennent que pour une, deux séances et après, plus rien. Pendant ce temps, Davy et de nombreux autres adhérents (surtout mes seniors retraités qui sont toujours là et s'amusent beaucoup de ce beau parleur de pacotille, car c'est bien ce qu'il est : gentil, mais principalement fort en gueule) n'en finissent plus de le vanner plus ou moins ouvertement sur ses prétendus exploits dans tous les domaines - ça reste gentillet comme vannes, je vous rassure, l'idée étant de lui faire comprendre qu'il faut peut-être lever le pied sur les "moi je", que nous ne sommes pas vraiment le public de groupies qu'il attend.
Un soir, Régis, l'un des adhérents lui aussi de longue date, alors que je viens reposer un step dans la salle de cours, me sort "Allez, viens faire le cours de step avec nous, ça va être marrant!". Après m'être esquivé plusieurs fois, je me dis allez, on va voir ce que ça donne; j'suis pas le meilleur en coordination mais j'ai bien su suivre pendant deux ans les cours de body pump, ça ne va pas être la mer à boire.

La musique commence, début des pas. Houlà, c'est corsé, comme enchaînement! Un, deux, trois... Dix mouvements! Bah mon vieux, on a déjà vu plus progressif! Bon, je m'arrête, j'étudie... Mais... Mais.... Mais il change, déjà? Ca ne fait même pas 30 secondes, qu'il change! Et encore 10 nouveaux mouvements! Qui n'ont rien à voir avec les précédents! Et de toute évidence, si je suis le moins doué des cinq que nous sommes, les autres ne s'en sortent pas franchement plus brillamment que moi... Je commence à m'énerver : OK, les premiers mouvements sont les plus durs et au pump, cela mettait quelques mouvements pour me recaler lors des changements de chorégraphies, mais là, c'est compliqué au-delà du raisonnable!

Je tiens un quart d'heure, avant de sortir de la salle furieux. Comment ne peut-il pas voir que la majorité du peu que nous sommes n'arrive pas à suivre? Il s'entête à faire des enchaînements nettement trop complexes, lui-même se trompe de surcroît, et change toutes les 30 secondes! Ce n'est pas un cours de danse, bordel de pipe en bois (j'avais plus vulgaire, je vous rassure), mais un cours de step : donc, OK, il y a quelques enchaînements de 3-4 mouvements, mais pas non plus à ce point ridiculement compliqué! Je suis suivi par Régis, à peine quelques minutes plus tard. Par la suite, dans la vestiaires, pas un des gars qui suivait le cours n'a de commentaire bénéfique dessus : l'un d'eux sort "Au bout de trois cours, ça va, je commence un peu à suivre, mais c'est pas facile!". Trois cours, d'une heure et des bananes, excusez du peu. Est-ce normal? Est-ce normal qu'il faille 3 heures pleines et entières pour commencer à pouvoir pratiquer un cours? Je ne crois pas, et d'ailleurs, les adhérents non plus, ce qui explique la désertion du cours du soir.

Séance suivante, j'en parle à J-M, encore un peu remonté : "Sérieux, c'est quoi, ton cours? Beaucoup trop compliqué! C'est pas un cours de danse, c'est un cours de step!". Réponse donnée en souriant (le même sourire sous-titré "c'est hors de ta portée, pauvre créature mentalement déficiente) : "Mais non, mais non. Si c'était plus simple, les gens s'ennuieraient, ce sont eux qui veulent ça". Je manque de m'étouffer devant un tel étalage de pédagogie et d'aveuglement, puis je décide de laisser passer, de toute façon, je ne suivais pas le cours, ça ne change pas grand-chose. Par contre, je commence à me demander si un type pareil (j'ai voulu trouver plus péjoratif que "type", mais ça ne m'est pas venu) est vraiment destiné à être prof de quoi que ce soit. Un simplet aveugle et imbu de lui-même, voilà comment j'ai commencé à voir ce piètre remplacement de P. .

Le temps passa, Davy vient me voir un soir : "J-M m'a dit un truc tout à l'heure, heu... Rassure-moi, niveau carrure, j'suis pas comme lui?". Je le regarde, perplexe. Davy est quelqu'un de musclé. Très musclé, même, sans être dans l'excès, c'est l'archétype de ce que donne une musculation menée dans les règles de l'art. De l'autre côté, J-M est noueux, tout maigre, tout sec, plus grand d'une tête que Davy : rien à voir! Je lui demande de me raconter un peu le contexte.
"En fait, J-M vient me voir tout à l'heure et me dit "Faudrait que je perde un peu, t'en penses quoi?". J'lui réponds que s'il perd encore, vu son gabarit, il va perdre en puissance (absolument vrai, en perdant du poids, on perd certes du gras mais aussi du muscle, autant quand on est épais comme moi, la perte de muscle est encore maîtrisée, autant quand on est de base tout sec, ce n'est pas la meilleure chose à faire). Il m'a répondu "mais nan, niveau carrure, j'suis un peu gaulé comme toi, nan?"". Je le regarde, yeux écarquillés.
"Il a dit ça?"
"Mais ouais! J'suis pas comme lui, si?"
"Ah bah pas vraiment, non! Dors tranquille, va, c'est lui qui est aveugle."
Et encore, je pèse mes mots!  Ses yeux doivent être montés à l'envers, je ne vois pas d'autre solution. Navré, je continue ma séance. Et de nouveau, le temps passa.
Nous arrivons à la semaine dernière. Sur les coups de 18h, heure du cours normalement, je vois J-M toujours dans la salle. Je l'apostrophe : "Et alors, t'as pas cours, là?"

"Bah non, y'a personne."
Sarcastique, j'en profite : "Ah ah, quand je te dis que ton cours est pourri!" (soit, j'aurais pu trouver  plus dimplomatique, mais vraiment, je ne pardonne pas la bêtise et l'aveuglement, surtout quand tu es supposé être une référence, ce qu'est un prof, logiquement)

"Mais non, il est pas pourri, mon cours!"

"C'est pas moi qui le dis, c'est le peuple, là! A l'époque de P., y'avait minimum 10 personnes au cours du soir, et là, bah regarde, y'a plus personne, ça ne te parle pas? Il est trop compliqué, c'est pas un cours de danse, j'te l'ai déjà dit! C'est pas normal qu'il faille 3 cours pour commencer à comprendre la chorégraphie, punaise!"

"Mais le step, C'EST de la chorégraphie!" (après en avoir parlé à P. hier, "N'importe quoi, le step, c'est pas de la chorégraphie. A la base, ce sont des mouvements, et après seulement ils ont commencé à ajouter des enchaînements pour rendre le cours moins chiant", ce qui me semble nettement plus logique)

"Je veux bien dans une certaine mesure, mais enchaîner 10 mouvements et changer toutes les 30 secondes, c'est n'importe quoi!"

Réponse qui tue : "C'est moi le prof, donc c'est moi qui ai raison."

Au début, j'ai cru qu'il déconnait, genre pince sans rire. La première seconde. Et quand je me suis rendu compte qu'il était on ne peut plus sérieux, les bras m'en sont tombés.

 

Autant de connerie, concentrée dans une seule personne, j'avoue que même moi qui suis déjà une bonne réserve de connerie, je suis totalement dépassé. Le mec ne se pose même pas la question de la faible fréquentation de ses cours, rit des problèmes que ses adhérents lui remontent, et pour finir sort fièrement qu'il a raison, point barre, là, je crois qu'on touche le fond. Ah, et puis, il est très fier de ses chorégraphies, au passage. Clairement, il fait le cours avant tout pour lui.

C'est beau, d'être prof de sport, non? On en tient un très, très bon. J'ai perdu la foi.

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