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La boîte à fourbi

La belle hiérarchie

6 Avril 2010 , Rédigé par Shinkel Publié dans #Peublik Reulaysheunz

La fois dernière, branle-bas de combat, au boulot.

Notre n+5 doit débarquer. Ca claque du fessier dans tous les sens, surtout que ce qu'elle vient voir est un sujet relativement sensible (un projet clé pour ma boîte, tout ça).

Niveau organisation, mes collègues viennent de voir. Pas de ballon, pas de singeries, un silence de mort quand elle se pointera. On peut dire qu'ils me connaissent, les bougres. Mais je sais me tenir, tout de même. Tant que c'est ni trop longtemps, ni trop souvent. Comme qui dirait, on n'est pas payés beaucoup, mais on rigole bien.

Bah, vous leurrez pas, je dis ça mais j'aime bien mon salaire, hein. J'suis pas le plus à plaindre, voire pas à plaindre du tout. J'ai une situation stable, une femme qui m'aime, un toit sur la tête (avec des voisins sur ce toit, mais passons) et une Clio II 1.2 75 chevaux essence. Sur ce dernier point, j'ai déjà eu de meilleures initiatives, mais bon.

 

Je disais donc?

 

Ah oui, visite du n+5.

 

Là où ça devient cocasse, c'est ce que ça donne humainement. Puisque le n+5 se pointe, on a logiquement le droit à la chaîne de commandement quasi-complète. Dans mon cas, le n+1 (chef d'équipe) , le n+2 (chef de service), le n+3 (chef de direction), malheureusement pas le n+4, et, donc, le n+5.

Socialement, il est intéressant de constater que tout le monde va renifler le cul de son supérieur pour gratter de l'avancement, supérieur qui n'en a rien à secouer puisqu'étant lui-même intéressé par son propre avancement. Et même le dernier, au sommet, n'en a pas grand-chose à faire bien que n'ayant pas de postérieur auquel appliquer son organe (je parle de la langue... C'est un organe? Bah, on s'en fout) au moment présent.

 

Ensuite, on remarque une équipe de personnes que j'appelle "les poissons-pilote", ceux qui sont là mais qui n'ont rigoureusement rien à voir avec le sujet de la venue du fameux n+5. Des cireurs de pompes professionnels avec des dents qui traînent par terre. Très intéressant.

 

Après, le dicton McCain mais en version réciproque. Le McCain des frites, pas le politicien. C'est celui qui en parle le plus qui en mange le moins. Exemple : le GBFO (Grouillot de Base de Fond d'Organigramme) chargé d'énoncer un point du sujet principal, le temps d'antenne étant scrupuleusement découpé en parts jalousement gardées, puisque plus de temps d'antenne implique plus de temps pour sa publicité personnelle auprès du n+1, qui rappelons-le, n'en a rien à secouer mais regarde d'un air bienveillant son fidèle grouillot travailler pour lui, l'air de dire à son propre supérieur "j'ai un joli troupeau de moutons, non?", qui lui-même à son supérieur montre un troupeau de moutons un peu moins gros mais, à ses yeux, plus efficace, et ainsi de suite.

Le GBFO, donc, parle pendant cinq minutes de la sécurité. Qu'il faut porter ses chaussures de sécurité et bien porter ses EPI (Equipements de Protection Individuelle, les acronymes, c'est super) tout le temps qu'on passe sur le banc d'essais sur lequel on se trouve.

Discours parfait, tout le monde est comblé par ce petit homme sympathique qui ne fait pas de vagues et suit à la lettre les enseignements pour lesquels il a reçu de coûteuses formations, preuve s'il y en avait besoin que l'entreprise ne gâche pas son argent inutilement. Tableau idyllique qui ravit tout le monde... Sauf les collègues du GBFO, qui savent parce qu'ils le pratiquent au quotidien, que cet ostrogoth est le dernier homme sur Terre à porter ses putains de pompes de sécu et tout ce qui va avec et qui déambule en mode "rien à foutre" au milieu du 400V. Ce qui fait grincer des dents puisque c'est LUI, sur CE SUJET, qui fait sa publicité auprès de son chef (un bon bougre au demeurant, très humain, très sympa). Juste la mauvaise personne, quoi.

Et ça, personne ne va le dire, même en passant genre "ah bah, tu les as pour une fois tes pompes de sécu? Eh, vous avez vu comme elles sont propres? Normal, il les porte jamais! Ah merde, t'es en train de leur expliquer qu'il faut toujours les porter? Ah, la boulette... ".

Enfin, pas moi, puisqu'on m'a dit de fermer ma gueule. Et aussi parce que je n'avais rien à y gagner, sauf à me faire coller l'étiquette "délateur" et "fayot" non seulement auprès de tous mes collègues GBFO, mais aussi auprès de la hiérarchie, qui pensera de toute façon que j'exagère et que la délation, c'est mal. Et je dis ça pour moi, mais c'est valable pour tout autre GBFO de mon niveau qui porterait ce fâcheux point à l'attention de la bande de poissons-pilote qui rôde là (rien à voir avec moi personnellement, donc).

 

Parce que finalement, tout ce cirque, c'est pour la promotion de toute la chaîne de commandement, donc un simple défilé de poissons-pilote. C'est un peu piteux, voire beaucoup, pathétique, beaucoup aussi, mais intéressant. Parce que c'est très humain, très inutile mais très distrayant de voir un spectacle pareil. Rien que pour ça, je suis bien content d'être dans une grande entreprise. Et aussi de ne pas avoir été désigné - ou démarché - pour participer à ce carnaval de culs serrés.

 

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