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La boîte à fourbi

La course aux courses

12 Juillet 2012 , Rédigé par Shinkel Publié dans #Peublik Reulaysheunz

S'il est une chose que nous avons tous en commun - enfin, tous parmi ceux se sustentant par eux-mêmes - c'est bien le remplissage de frigo et autres joyeusetés monnayables.

Parmi les méthodes de remplissage, on en compte quelques-unes, à commencer par celles-ci :

- Remplissage automatique. Méthode typiquement présente dans une colocation ou un couple, elle consiste à attendre qu'une autre personne que soi craque et aille faire les courses pour vous. Il est de bon ton de se prémunir contre les carences en vidant au préalable tous les placards de leur contenu comestible, y compris les biscottes de 5 ans d'âge, histoire de prétendre sans bruit parasites issus de la région abdominale que l'on n'a pas faim et qu'on ira faire les courses quand le temps sera à la famine. A ce jeu-là, je connais des recordmen capables d'arrêter leur organisme pour une durée indéterminée tant que le frigo n'a pas été rempli par une tierce personne. Bon, évidemment, du coup ils se font éclater le bide à la cantine le midi, il ne faut pas se leurrer.

- Les courses ponctuelles, genre un p'tit peu X fois par semaine. Je n'aime pas cette méthode parce que je la trouve moins efficace que la suivante, dans la mesure où il faut passer plusieurs fois à la caisse et que le plus long, c'est justement de passer à la caisse.

- Les grosses courses, une fois par semaine - voire moins -, qui est la méthode que je privilégie. D'une manière générale, les combreux adeptes de cette méthode ont un jour attitré dans la semaine, pouir ma part, c'est le mardi. Mardi soir, je sais que ça va être la guerre hebdomadaire entre moi et le contenu, humain ou non, du Auchan à côté de chez moi. Et croyez-moi, c'est pas joli-joli.

 

Parce que les causes à hurlements sont multiples et qu'en plus, je bats la mesure au pas de course puisque je donne une heure et demie entre le départ de la maison et le retour à la même porte. 1h30 max. Et quand on a une femme avec soi, ce n'est pas souvent de trop, mais j'y reviendrai.

 

Déjà, il faut se rendre au supermarché. A l'hypermarché, voire même au mégamarché vu la taille de certaines grandes enseignes.

Se garer. Il y a toujours un petit vieux qui ne sait pas se garer (pléonasme!), des excités qui tiennent à se garer DEVANT, genre à la PREMIERE PLACE. Je n'ai jamais compris cette envie. OK, tu veux être au plus près de l'entrée du magasin, mais c'est aussi là qu'il y a le plus de passage, piétons ou véhicules! Du coup, tu mets trois plombes à trouver une place, trois plombes à te garer parce que ça arrive de tous les côtés, trois plombes pour sortir de ta place de parking... Bref, tu as mieux fait de faire 30m de plus et de pouvoir trouver une place tout de suite et en sortir facilement, sans avoir à te méfier du piéton qui déboule comme un blaireau (c'est-à-dire comme toi à un moment ou à un autre) juste derrière ton pare-choc.
Une fois sorti de ta bagnole, hop caddie. Donc tu as une chance sur une environ de te choper le caddie poubelle, plein de feuilles de salade et de tickets de caisse, avec une roue à l'axe faussé et une autre roue totalement bloquée, mais pas bloquée genre par quelque chose que tu peux voir pour enlever, non non, je parle du blocage invisible et absolu, comme si la roue, son axe et son support étaient taillés dans le même bloc. Comme en plus je reconnais assez mal avoir tort, au lieu de changer de caddie quand je me rends compte que celui que j'ai choisi a un problème qui va copieusement me gonfler pendant toutes les courses, quand ma compagne me sort "ah, il est encore tout pourri", je sors avec une assurance sans faille "mais naaaaaan, c'est boooon, roh là lààààà, t'es en sucre ou quoi? De toute façon c'est moi qui pousse", pour ensuite endurer pendant l'heure et des brouettes le bruit infernal de ce crénom de chariot qui ne m'inspire qu'une envie, c'est de lui poser une charge de C4 et de le réduire en bouillie métallique. Mais non, comme j'ai ma fierté mal placée, je garde ce combat entre cette abomination à roulettes et moi en sourdine. Alors que ma compagne, elle, sait dès le premier regard que je sais que j'aurais dû changer ce fichu caddie et se navre d'un tel niveau de connerie.

Vient ensuite le moment de rentrer dans la galerie marchande. Tout le monde connaît et pratique la gêne occasionnée quand, sur le trottoir, quelqu'un arrive en face de toi et que cette personne fait mine d'aller à gauche alors que toi-même tu vas sur ta droite pour éviter la collision, et quand vous vous rendez mutuellement compte que vous allez du même côté, alors les deux font le pas de l'autre côté, et que cela continue pendant quelques autres pas?
Pour rentrer dans la galerie marchande, c'est pareil, sauf que là, c'est carrément blocage entre ceux qui veulent sortir et ceux qui veulent rentrer, parce que les portes ne sont pas super larges. Il y a deux méthodes : celui qui, comme moi, laisse passer jusqu'à ce que la voie soit libre, et il y a celui qui force à la parisienne. Surtout qu'histoire de compliquer encore un peu plus la chose, dans mon Auchan, ils ont mis juste devant la porte que j'emprunte des plots en béton qui réduisent les trajets potentiels (je me demande toujours l'intérêt de la manoeuvre, d'ailleurs).

Bref, une fois rentré avec le chariot qui fait couic-couic, c'est l'entrée dans la grande enseigne et le début de la baston. Déjà, sur ton chemin, tu as toujours les neuneus qui soit traînent la patte en glandouillant dans l'allée centrale, soit sont au téléphone en se déplaçant en biais en mode "j'ai tout le magasin pour moi", soit encore ceux qui ne se sont pas vu depuis dix siècles et qui tapent la discute avec deux ou trois chariots de front qui bloquent la moitié de l'allée centrale, quand ce n'est pas un rayon entier rendu inaccessible.

Ce genre de personnes qui font fi de toute présence étrangère à la leur, on les retrouve dans les rayons avec leur caddie en biais et eux, quelques pas plus loin, plongés dans une profonde méditation en plein milieu de la largeur du rayon et produisent des "tsk" (l'inimitable bruit de la langue sur le palet pour signifier l'emmerdement) quand tu as le malheur de leur passer devant. J'aime aussi ces mêmes personnes qui mettent le caddie dans la largeur du rayon, de manière que plus personne ne puisse passer.

Niveau courses, vu qu'on va toujours dans le même magasin, nous suivons en général le même trajet avec quelques variantes selon le déficit des ressources à domicile. Il serait normal dès lors de se dire que le trajet étant bien huilé, ça doit aller fort niveau cadence. Pensez-vous! Il y a des points-clés qui cassent l'allure.

Checkpoint n°1 : les mangas. Comme ma dame est une grosse consommatrice, le détour Mangas prend quelques minutes.

Checkpoint n°2 : le rayon shampooing. Alors ça... Je n'ai jamais compris comment vous pouviez, mesdames, consommer autant de produits en rapport avec vos cheveux. Bon, moi, je n'en ai plus, donc c'est sûr que je suis plus économe, mais quand même! Et encore, maintenant que le choix est définitif, elle ne change que rarement de référence, mais quand c'est le cas, j'ai dix minutes de temps libre d'assurées. Ca, et quand elle recherche un déo qui change du précédent. Ca aussi, c'est épique. T'en penses quoi? Ca te plaît? Chérie, c'est TON déo hein, l'essentiel c'est qu'il y en ait, après c'est tes bras, pas les miens... Et quand il me prend l'envie -saugrenue- de changer de déo, je repère le prix, le parfum, et hop, au test. Temps total : moins de 10s. Quand c'est madame : moins de 10 minutes. Et j'exagère à peine.

Checkpoint N°3 : la bidoche. Le rayon bidoche est un haut lieu de la perte de temps. Poulet? Rôti? Filet mignon? Le plat du dimanche est crucial, il faut en plus faire bien attention aux dates de péremption, c'est un vrai problème! Mais les autres viandes ne sont pas moins problématiques : le veau, c'est bon, mais ça fouette, le cheval, c'est pas bon, le boeuf, c'est bon mais c'est "mainstream", le porc, c'est sec... Et vu la débauche de morceaux possibles, je reste souvent à me gratter la tête pour savoir ce qui était bon parmi ce que j'ai testé avant (le plat de côtes, par exemple, c'est immonde, mais c'était quoi, déjà, qui était pas mal? Le jumeau ou la poire? Crotte...). Et comme je me trompe aussi souvent, j'oublie pour la fois d'après. Heureusement, il y a des valeurs sûres : la macreuse à moins d'1 euro par personne est tout à fait viable, le filet mignon aussi, le poulet aussi. La bavette d'aloyau, y'a bon, le faux-filet, pourquoi pas. Tant qu'on ne tombe pas dans la semelle, tout va bien!

Checkpoint optionnel : le rayon chocolat/biscuits. Autant que possible, nous évitons de nous y aventurer, mais les choix dans ce maudit rayon sont souvent cornéliens, surtout parce que j'essaye -vainement- d'imposer une limite au nombre de trucs trops gras et trop sucrés que l'on ramène à chaque voyage. Mais des fois, ce paquet en promo de Kinder Maxi prend une autre apparence : celle, aguicheuse, d'un monceau de barres exhalant un doux parfum de Kinder, en un sens, LE parfum de toujours, inimitable, LE Kinder. Donc, forcément, quand en plus t'as estampillé 20% GRATUIT dessus, il saute limite tout seul dans le caddie.

 

Vient ensuite la caisse. D'une manière générale, j'ai du bol : pas de vrai gros boulet, pas de resquilleurs (ma carrure doit dertainement y contribuer)... Bon, parfois, j'ai l'ennemi du temps, le némésis de la rapidité, le fourbe antichrist du passage éclair  : le VIEUX. Le vieux n'a pas la même échelle du temps que nous, déjà, il se trimballe uniquement aux heures de pointe (pour voir du monde, bah oui, c'est compréhensible! Mais, comme disait Sellig, CA FAIT CHIER, PUTAIN!) et a pour caractéristiques de ralentir tout autour de lui. Et plus le temps ralentit, plus toi, t'es énervé. La dernière fois, je suis tombé sur l'adorable couple de vieux, souriants mais qui n'arrivait pas à se décider sur ces superbes couteaux de chef qu'il était possible de remporter en collant des points gagnés en caisse sur une carte elle aussi obtensible en caisse. Et comme ils devaient avoir ENVIRON 3000 POINTS, ILS ONT TOUT COLLE, UN PAR UN, SUR LEUR CARTE A LA CON! RAAAAAAAAHHHH! Avec, évidemment, des sourires contrits à la mode "Excusez-nous, hein, on est des vieux...". Mitrailleuse, où ai-je mis ma mitrailleuse?

Mais passons. Les caissières ou caissiers (enfin, hôtes ou hôtesses de caisse, ce qui change tout, nous en conviendrons), métier que je respecte hautement rien qu'eut égard au nombre d'abrutis que l'on doit voir dans une seule journée, j'ai aussi de la chance en général, je ne suis qu'exceptionnellement tombé sur la porte de prison en dépit de mes plus sincères tentatives de dérider la personne.

Il y a la "regular caissière", mais parfois, je tombe sur...

DENSETSU NO CAISSIERE, comme diraient nos amis nippons (sauf caissière, qui est typiquement un mot français), traduisible par...

LA LEGENDAIRE CAISSIERE / LA CAISSIERE DE LA LEGENDE.

Cet être incroyable écluse les courses sur son tapis à une vitesse qui dépasse de très loin la vitesse de synchronisme client/caissière (celle qui permet de ranger dans le sac avec un rythme à la baguette, chef d'oeuvre de l'osmose entre le magasin et le client). Le rythme dès lors devient effréné, le lecteur de codes-barres bippe quasiment en continu, les courses s'amoncellent au bout du tapis alors même que ton rythme cardiaque a allègrement dépassé les 200 pulsations par minutes : nous voici dans le domaine du divin. La caissière et son outil ne font qu'un. C'est beau.

Mais c'est chiant : tu bombardes pour tout ranger, donc tu fais n'importe quoi.

Parce que je ne sais pas comment font les autres, mais pour moi, les deux gros sacs de rangement de courses, je les vois comme deux écrans de Gameboy avec un jeu Tétris lancé sur chacun. Et mon but, c'est de tout faire rentrer en une masse cohérente sans rien écraser. Pour cela, il faut d'abord préparer les courses sur le tapis à l'arrivée à la caisse : le lait, c'est au début, comme les yaourts! Mais gare à toi si tu as mis les tomates à côté du lait, voire, HERETIQUE, la BRIOCHE AVANT LE LAIT! N'AS-TU HONTE DE RIEN, HUMAIN? QUI DEVRA MANGER CES TRANCHES ECRASEES PAR TON INCOMPETENCE (enfin, par le lait) PENDANT UNE SEMAINE? NE CONNAIS-TU POINT DE LIMITES?

Bref, en général, je m'acquitte de cette tâche quasi-industrielle avec un professionnalisme certain qui ne peut que me laisse pantois d'admiration envers moi-même ("ne dis jamais du mal de toi, les autres s'en chargent déjà très bien", dit le proverbe). Vient ensuite la sortie avec le slalom entre les poteaux en béton, le passage au forcing entre les voitures pour regagner notre honnête monture.

Je ne parlerai certes pas des traces laissées par les sacs de courses qui semblent pouvoir accueillir trois tonnes chacuns de denrées quelconques, ces sillons de souffrance marquées dans mes mains potelées pour l'éternité (enfin, trois-quatre minutes, on va dire). Non, je n'en parlerai pas. Je suis ainsi fait.

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avecgeorgelesolitaire,uneespècedetortuedisparai 12/07/2012 18:05

t'oublies plein de trucs; le gamin qui cours, le gamin qui pleure, la vieille qui comprend pas pourquoi ses 20 centimes de réduc d'y a 30 piges sa marche pas, celui qui trolle comme un velu juste
par ce qu'il sait que sa fait chier les mecs de derrière, la caissière qu'a ses raganagna, le vigile qui te suit comme si t'était un terroriste musulman(qui vole dans les supermarchés) prêt à
sauter, la grognasse analphabète qui paie par chèque, etc. Le supermarché à chaque fois je gagne de l'XP. Pis je progresse en fraude avec les caisses automatiques et les pèse fruits/légume aussi,
donc sa compense un peu tout les mobs horribles préalablement cités, mais quand même, ta description de la dystopie supermarchienne laisse à désirer :D

Shinkel 13/07/2012 08:35



Ouais, c'est vrai pour les gosses, mais là encore j'ai de la chance, je ne trouve que peu de mioches braillards, et quand je les entends, ce n'est pas à bout portant, donc c'est suffisamment
supportable pour que j'en fasse abstraction. Disons que les bloqueurs de rayon m'emmerdent autrement plus!
Mais ça sent le vécu mon bon Jorj, ça sent le vécu. Fort heureusement, je n'ai jamais prétendu avoir fait le tour de toutes les crasses qui peuvent t'arriver dans un magasin, j'ai encore pas mal
de temps pour faire le tour et va savoir pourquoi, j'suis pas pressé :D