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La boîte à fourbi

La salle de muscu, un écosystème à part

27 Mars 2011 , Rédigé par Shinkel Publié dans #Peublik Reulaysheunz

Sportif devant l'éternel (deux fois par semaine à tout péter, faut pas non plus pousser), j'ai le bonheur par le biais de mon C.E d'avoir accès à une salle de musculation quand même top moumoutte et pour pas cher. Comme cela fait déjà plusieurs années que j'y vais, je me suis mis dans l'idée de parler un peu de ce qui est un lieu entre tous marqué par les préjugés de tous poils. Tour d'horizon.

 

Déjà, sachez qu'aller à la salle de musculation n'est pas une maladie. Ni un tort. Tout comme lorsque le pratiquais l'escrime médiévale, j'ai parfois droit à des "ah, je connais des gens comme toi", un peu comme quand on est atteint d'une allergie ou d'une tare mentale. Fort étonnemment, les "gens" qui se rendent à la salle de musculation sont en tout points semblables à ceux qui n'y vont pas. Sauf qu'eux, ils vont à la salle de muscu. Mais sinon, deux bras, deux jambes, une tête, un tronc, bref, on se trouve tout de même dans ce qui se fait de plutôt standard comme être humain.

 

Ensuite, j'entends aussi des "ah, la salle, c'est bien pour débuter" ou plus fréquemment, "c'est bien avec un autre sport". Hem. Je passe sur la première citation qui m'a tellement l'air dénuée de sens que je ne vois pas pourquoi je m'apesantirais dessus (et pourquoi la course à pieds ou l'escalade seraient plus un but à atteindre que la salle de musculation?), quant à la seconde assertion, je dis oui sur la forme, pas sur le fond. Rien au monde n'interdit d'aller à la salle de muscu sans faire d'autre sport à côté. Oui, la salle peut aider à consolider des muscles spécifiques nécessaires à un sport.

Mais en fait, je vais à la salle uniquement pour aller à la salle. Et je n'ai pas encore explosé, eu d'amende ou subi un mauvais sort. Comme quoi, rien  n'empêche de pratiquer comme moi, je le pratique. En fait, beaucoup de personnes oublient qu'une salle de musculation peut être utilisée comme traitement. Exemple : mes genoux sont fragiles, et à la salle, je peux renforcer la musculature autour des genoux sur des appareils sans lesquels les mêmes exercices seraient autrement plus ennuyeux et moins spécifiques. J'en veux comme autre exemple un collègue, victime d'un accident de moto, qui a passé énormément de temps en salle de muscu pour reformer ses muscles blessés (et encore, vous auriez vu le tableau...). Et ce ne sont que deux exemples parmi tant d'autres. Personnellement, je m'éclate bien plus à pousser de la fonte qu'à courir, faire du foot ou qu'en sais-je d'autre. Chacun ses goûts.

 

Autre a priori à la vie dure, la population fréquentant une salle de muscu serait constituée essentiellement de gros mecs stéroïdés et bodybuildés avec deux neurones dans la caboche. Je vais vous dire un truc : dans la salle de monsieur tout le monde, il n'y en a pas des masses. En fait, je n'en ai même pas vu un seul, d'un autre côté, je n'ai pratiqué que deux salles. Ceci étant dit, à part des clubs de bodybuilding (qui est une discipline nettement moins kikoo qu'elle en a l'air, en passant), je n'ai pas non plus eu de témoignagnes d'abominables hommes des salles de musculation.

 

Non, il y a en effet du bonhomme, du couillu, du qui a des bras comme des cuisses, oui. Et naturel, je vous prie. Mon bon Sylvain, par exemple, une petite cinquantaine au compteur, est bâti comme une armoire normande, mais ça fait vingt ou trente ans qu'il pratique. Gentil comme tout, pas suffisant pour deux ronds, ni condescendant, jamais avare de conseils pour peu qu'on lui demande, c'est l'archétype du nounours balèze. S'il est calé en matière de tenants et d'aboutissants de musculation (ah oui, ça aussi : il ne suffit pas de brandir de la fonte pour devenir balèze, un mouvement, ça s'étudie, sinon, c'est le corps qui se casse), c'est un gars attentionné avec qui il est agréable de converser.

 

Par contre, il ne faut pas se leurrer, comme partout il y a matière à rire. Petit tour d'horizon des comportements-types, plus ou moins drôles.

- Le standard, pour commencer : il vient à peu près régulièrement, dit bonjour à deux-trois personnes, fait sa muscu et s'en va. Rien à raconter, sympa pour tuer le temps entre deux séries, c'est le gars qu'on croise dans la rue sans avoir qu'il va à la muscu. Physiquement tonique, mais pas sculpté.

 

- Le sportif du club d'à côté : lui, la salle, il y va pour compléter son sport principal, par exemple, le kickboxing. C'est un gars sympa, mais on sent qu'il vient là plus par obligation que par réelle motivation. Il cause beaucoup, connaît beaucoup de monde, mais fait trois séries et s'en va, comme pour meubler en attendant son cours. Généralement, c'est un gaillard costaud et sûr de lui, voire arrogant quand il se meut dans la salle, mimant ses épiques passes d'armes avec les légendaires "ceux de mon club".

 

- Le sportif saisonnier. Est là en janvier et en mai/juin. Et c'est tout. Il galope un quart d'heure sur le tapis, fait trois abdos, s'étire pendant trente secondes et se barre, tout fier. Plus ridicule que vraiment nocif, son seul tort est de débarquer en éléments nombreux mais pas organisés pour monopoliser les tapis de course et les vélos. Se repère à l'heure du café puisqu'il clame qu'il va à la salle à qui veut l'entendre.

 

- La brochette féminine - type 1 : les sédentaires, aussi appelée "jacasse-club". Par packs de deux ou trois, ces bandes organisées sont constituées de femmes exclusivement, par affinité d'âges, jusqu'à la soixantaine bien tassée. Plutôt sympathiques, ces sympathiques habitant des salles sont des habituées, mais ne progressent jamais. Il est même rare qu'elles changent physiquement, en dépit des nombreuses heures passées sur les appareils de cardio, c'est ce que j'appelle le "sport bonne conscience" : juste histoire de dire qu'on a fait quelque chose entre cinq et sept. A noter que les individus les plus âgés sont souvent les plus sympathiques, et papotent volontiers avec qui veut, même en plein effort. Bien pratique pour tuer un temps de récupération. Elles sont appelées "sédentaires" car elles ne squattent qu'un seul type d'appareil, généralement le vélo ou l'elliptique.

 

- La brochette féminine - type 2 : les nomades. Dans un style généralement moins sympathique que le type 1, la brochette de type 2 vient environ un quart d'heure avant le cours de fitness, histoire de réserver une place, poser les affaires et ne vient dans la salle qu'en attendant le cours. Peu loquaces avec les non-membres de la brochette, elles conversent cependant volontiers entre elles, à volume variable. Avantage par rapport au type 1, il est possible de prévoir la disponibilité des appareils squattés, dans 99% des cas les vélos d'appartement. Inconvénient : n'imaginez pas faire ami-ami avec elles, elles sont imperméables au monde extérieur, sauf spécimens rares.

 

- Le timide : généralement jeune, le timide n'ose jamais rien demander ou bien du bout des lèvres. Dans sa grande majorité doté un immense potentiel sympathie, il est de constitution modeste, voire faible, mais d'une bonne volonté à toute épreuve. A ne pas confondre avec le Solitaire, le Timide ne demande qu'à progresser mais aura toujours à coeur de se bousiller en mimant les mouvements vus à droite et à gauche plutôt que de déranger qui que ce soit pour lui montrer comment faire les mouvements. Ne reste que rarement plus de trois mois.

 

- Le solitaire : taciturne, le solitaire vient irrégulièrement, ne reste jamais le même temps d'une séance sur l'autre, ne parle à personne, se reconnaît à ses écouteurs qu'il garde consciencieusement fixés dans ses oreilles, pour prévenir tout contact extérieur. Réalise ses mouvements mi-figue mi-raison, parfois bien, parfois mal, mais ceux qu'il fait mal, inutile de vouloir lui porter assistance : il le prendra comme un signe de condescendance de votre part. On peut dire sans trop se tromper que c'est une race craintive à tendance agressive. A éviter.

 

- L'incompréhensible : il est souvent là, enchaîne les exercices avec une bonne volonté évidente, mais on se demande bien pourquoi, parce qu'il fait toujours n'importe comment. Pas de physique prédéfini, j'en ai deux dans ma salle qui sont en couple ('fin, ils sont toujours là ensemble) et chaque fois, je me marre dans ma barbe. Un exemple? Au developpé-couché (je mets une image pour ceusse qui connaîtraient pas) :

 

http://perso.numericable.fr/~chbalcon/musculation/Programme_entrainmt_fichiers/image054.gif

 

... L'idée de base pour une personne normale est de prendre la barre de manière à ce que, quand les coudes arrivent pendant la descente à hauteur des épaules, le bras et l'avant-bras forment un angle droit, puis monter et descendre en tendant les bras puis en effleurant les pectoraux de la barre (et pas laisser tomber la barre, sinon bonjour les lésions), tout en retenant la barre à la descente et souffler en remontant (plus le mouvement est lent et plus vous morflez). Ca, c'est le mouvement de base. En resserrant les poings sur la barre, on travaille alors les triceps et les pectoraux centraux, en les écartant de la position de base, on travaille alors plus les pectoraux en général (en sollicitant moins les triceps et les centraux, du coup).

Il peut arriver que des soucis d'épaule empêchent le pratiquant de faire complètement le mouvement, auquel cas il est préférable d'utiliser des haltères ou le butterfly que de faire des demi-mouvements supérieurs, de toute façon bien moins efficaces puisque c'est la partie inférieure du mouvement qui fait vraiment travailler les pectoraux. C'est d'ailleurs pour cela que l'on peut voir des dingues qui ne font que la partie inférieure du mouvement sans remonter complètement, si c'est très efficace niveau exercice, cela crame à une vitesse folle vos réserves puisque le muscle ne se repose jamais (en congestion) : c'est crevant, mais ça a du sens.

Eh bien là, mes deux loulous répètent inlassablement le même rituel : ça commence par charger aux alentours de 50 kilos pour le plus trapu des deux, qui fait des demi-mouvements (voire des tiers, en fait), son collègue, tout grand tout maigre, charge à 40, puis ça grimpe et plus ça grimpe, moins les mouvements sont amples. Le pompon ayant été la fois dernière avec la barre passée de 70 à plus de 140 kilos par le plus trapu, barre qui commençait à plier un brin quand même, et le bonhomme qui descend de cinq centimètres la barre seulement, à partir des bras tendus. Là, je ne sais même pas si ça muscle quoi que ce soit, d'autant qu'il n'y a pas eu d'intermédiaire entre les 70 et les 140 kilos. Les pectoraux ne doivent même pas bosser, les bras à fond (mais y'a plus efficace pour bosser les bras que le développé, soit dit en passant), bref, mouvement inutile mais kikoo (140 kilos, wah).

Il s'est fini à 70 kilos en faisant péniblement des demi-mouvements presque acceptables. 'fin voilà, ces deux gugusses ne progressent pas, font des mouvements ridicules et inutiles, mais ils sont là régulièrement.

 

- Le déprimé : lui, je n'en ai qu'un exemplaire : il est là H24, avec une tête qu'on dirait qu'il va se faire péter le caisson, il fait le tour des appareils tous les jours, ne parle à personne, un peu comme le Solitaire, mais sans les écouteurs et avec l'air triste. En fait, c'est pas qu'il a l'air triste, il a l'air... Déconnecté. Pauvre bonhomme, je dois bien dire.

 

- Le mourant : j'ai dû passer par cette catégorie quand je pratiquais les cours de body pump, c'est le mec qui se dépense tellement qu'il est à deux doigts de claquer à chaque séance. Impressionnant mais pas méchant pour autant, généralement vieux ou corpulent, le Mourant est une espèce assez peu répandue.

 

- La fontaine : de toute âge et toute corpulence, la Fontaine est à l'être humain ce que Volvic est au verre d'eau : on se demande d'où vient toute cette flotte qu'il transpire par litres (et je pèse mes mots). Le dernier en date est un gars d'un certain âge qui avait une flaque au pied du vélo, mais LA FLAQUE, quoi. QUand je suis monté sur le vélo après lui (bien nettoyé, le vélo), j'avais l'impression d'être debout dans un étang : je voyais mon reflet (non brouillé) dans sa transpiration par terre. J'insiste sur le "non brouillé", parce que le sol de la salle est plat et qu'il y avait tout de même assez d'eau pour avoir plusieurs millimètres sur près d'un demi-mètre carré, un record pour mon vécu. Espèce non vénéneuse.

 

 

Voilà pour un petit tour d'horizon sur la population de la salle de musculation. Sérieusement, ce n'est pas honteux de s'y rendre et le prof est là pour vous aider dès que vous avez une question, un doute sur un mouvement ou besoin de savoir quel exercice faire pour renforcer telle partie du corps. Bon allez, je vous laisse, il faut que je récupère de mes courbatures.

http://bodybuilding45.files.wordpress.com/2010/03/bodybuilding.jpgDes beaux bébés comme ça, vous n'en croiserez sans doute jamais. Mais ça existe!

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salle de sport gujan mestras 05/11/2016 15:40

Super article, bien présenté.

Bonne continuation!

zazapetitchat 26/04/2013 21:45

Ah !! J'ai une espèce à rajouter à ton bestiaire : le kéké branchouille.

Le kéké branchouille est une espèce apparue cette dernière décennie en parallèle de la vulgarisation des smartphones. Il pousse la plupart du temps comme une excroissance tumeuroïdale d'un gadget électronique (son support préféré restant bien entendu l'iPhone dernier cri ou n'importe quel smartphone nécessitant l'hypothèque sur plusieurs générations du commun des mortels pour se le procurer) dont il détend totalement, qu'il soit seul ou accompagné d'un congénère. C'est d'ailleurs de cette façon que les individus de cette espèce se reconnaissent, n'espérez pas créer le moindre contact avec l'un d'entre eux si vous n'êtes pas dûment équipé.
Le kéké branchouille est totalement innoffensif bien que son comportement puisse vous donner souvent envie de lui râper la face sur du crépi. En effet, ce curieux specimen est connu pour ne pas pouvoir se passer de tripoter son smartphone un seul instant (l'histoire ne dit pas comment il fait sous la douche des vestiaire, mais vu le prix de l'engin ce serat bien dommage qu'il ne soit pas étanche et ne possède pas de fonction lavage-essorage), ce qui l'oblige à squater indéfiniment un appareil (forcément, celui que vous convoitez) sans toutefois s'en servir puisqu'il sera occupé à mettre à jour son statut facebook "chui a la sal de sport, xptdr" mais comme il a les doigts qui glissent du fait de la transpiration, cette opération lui demandera 15min minimum.
Oui il sue, car le kéké branchouille fait parfois une pause dans son besoin irrépressible de faire partager à sa communauté ses dernières frasques. Il affectionne particulièrement ne faire travailler que ses membres supérieurs, qu'il palpe et tâte après chaque mouvement comme s'il espérait els voir gonfler à vue d'oeil, et semble délaisser totalement le reste de son corps, adoptant une démarche et une silhouette singulière qui le rendraient presque sympathique si on était pas trop occupés à le maudire par la pensée.

Son pendant féminin existe en version baskets hors de prix design-ées pour tout sauf pour faire du sport, t-shirt fluo si possible rose bonbon assorti au maquillage water-proof (on se demande pourquoi, la version féminine n'aime pas suer, c'est pas glam'). Il est à noter que les individus fille ont développé une étonnante capacité à manipuler le smartphone tout en échangeant le dernier potin avec keupine lorsqu'elles se déplacent en bande.

Valàààà !

Shinkel 28/04/2013 11:08

(Vachement mal fichue la nouvelle interface d'Over-blog, avant je recevais un mail qui me disait que j'avais reçu un commentaire, ET en plus je pouvais y répondre en direct depuis l'interface d'administration, mais là, eh bah nan, t'as obligé de cliquer sur ta page et... Enfin peu importe).
Oui, le kéké branchouille, bien vu! Pour ce qui me concerne, j'en vois très peu, mais nul doute sur son existence. En fait, je pense qu'il vient quand l'heure de midi bat son plein (quand j'y viens le midi, c'est au tout début, pas fou, y'a plus de place), et s'il s'agit du genre de bonhomme qui ne sait pas vraiment se servir d'un appareil de muscu, c'est-à-dire que l'appareil en question n'est qu'une plus-value à l'utilisation d'un smartphone, oui, j'en vois dans ce cas!
Le genre qui pédale à 40 RPM sur le vélo (avec pointes à 65-70 entre deux mises à jour de statuts FB-slash-touitteur), ou qui marche sur le tapis en manquant de se gameller (marcher à bonne allure nécessite quand même d'avoir un minimum l'esprit à ce qu'on fait, c'est-à-dire à ne pas bloquer tout processus de pensée sur des questions comme "musculassion c'est 1 ou 2 ss?")... J'ai remarqué d'ailleurs que ces kékés sont rarement accompagnés, ils tendent à se rapprocher du Solitaire de mon bestiaire, mais plus friqués, comme tu l'as si justement faire remarquer - fini la clé MP3 à 15 euros, bonjour mon signe extérieur de richesse.
Quant au pendant féminin, c'est encore plus rare par chez moi, mais il n'est pas exclus que je ne sois pas là lorsque vient son heure d'apparition, à l'instar du sanglier qui vadrouille dehors quand moi, je dors, m'voyez.

Etudie, étudie, et dis-moi si t'en vois encore d'autre : la salle est un milieu riche!

Erwan 28/03/2011 22:16


C'est marrant, ça me fait penser au C.E. de Renault sur le site du Techno-centre, à Guyancourt.


Shinkel 29/03/2011 11:59



Ah, si tu le dis :)