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La boîte à fourbi

Le pragmatisme énervant

1 Avril 2010 , Rédigé par Shinkel Publié dans #Peublik Reulaysheunz

L'autre jour, en parlant avec un collègue de World of Warcraft, je me suis rendu compte que j'avais de la chance.

Ma chère et tendre est, tout comme moi, une geekette accomplie (moi, je suis plus geek que geekette) et le genre de situations duquel nous avons parlé ne m'est pas encore arrivé.

 

Tout est question de point de vue. J'imagine que cela doit aussi exister dans l'autre sens de ce que je vais vous exposer ici, mais je suis certain que beaucoup s'y retrouveront.

 

Elle : tu vas jouer encore longtemps?
Lui : sais pas, c'est prenant, tu sais.

Elle : montre voir?

Lui : cherche paaaas, c'est un truc, faut connaître.

Elle : oui, mais bon, faut bien commencer un jour.

 

"Elle" ne cherche a priori qu'à se renseigner sur ce que "lui" fait. Notez que le message subliminal de "fous-moi la paix, tu vois bien que je joue", envoyé par "lui", n'est absolument pas pris en compte.

Non non, "elle" a parfaitement compris. Mais "elle" est fourbe. Vous allez voir.

Elle s'installe à côté de lui. Il soupire.

Elle : quoi? Je dérange?

Lui : nan, nan...

Elle SAIT qu'elle dérange, elle SAIT qu'elle fait chier. Parce que lui est toujours en train d'ouvrir une bière alors qu'elle regarde un film émotionnant, ou bien en train de passer devant l'écran pour aller chercher à boire (un bière, au pif). Mais elle demande quand même. Histoire de montrer à son mec qu'elle, elle fait gaffe à l'autre. Même si elle sait pertinemment qu'elle fait chier et qu'il n'a qu'une envie, c'est qu'elle lui foute la paix.

MAIS, en dépit de ses envies, il ne veut pas la froisser. Non, en fait, il ne veut pas passer une soirée pourrie parce qu'il lui a dit qu'elle faisait chier. Il a l'instinct de survie, il faut le reconnaître. Du coup, il sait qu'il va passer cinq minutes pénibles à expliquer un truc duquel elle n'aura rien à battre, mais mieux vaut ça qu'une scène parce qu'il a dit ce qu'il pensait.

Elle : tu fais quoi, là?

CA, c'est ZE question de merde. Mais lui, il est malin.

Lui : je joue.

Fin tacticien.

Elle : ha-ha. C'est qui, luiiiiii?

Lui : c'est mon personnage.

Elle : il ressemble à rien/il est moche.

Lui : boah.

Elle : et ça c'est quoi? (en foutant bien son doigt sur l'écran).
Lui : c'est un ennemi.

Elle : c'est un sanglier. Il t'a attaqué?

Lui (patient) : non. Mais je dois en buter.

Elle : ah bon? Pourquoi?

Là, ça commence à prendre tournure.

Lui : parce qu'on me l'a demandé.

Elle : qui?

Lui : un mec.

Elle : qui un mec?

Lui : mais un mec - "putain" étouffé-, au village. Un mec, là.

Elle : mais pourquoi il va pas les buter lui-même?

Lui : parce que sinon y'aurait pas de jeu.

Elle : Je comprends pas, s'il en veut aux sangliers, il a qu'à s'en débarasser lui-même, pas compter sur les autres!

Quelque part, c'est logique, non? Enfin, pour une fille...

Lui (soupire) : écoute, heu... C'est le principe de jeu. Le mec n'existe pas vraiment.

Elle : mais tu m'as dit qu'il était au village, faudrait savoir!

Lui (retient un autre soupir) : c'est l'ordinateur qui fait parler ce perso. C'est une intelligence artificielle. Y'a personne qui le joue, c'est le jeu qui le joue, c'est tout.

Elle : le jeu joue tout seul?

Lui : ... Si tu veux, oui.

Elle : Ah bon. Mais en quoi c'est drôle de tuer des sangliers qui t'ont rien fait?

Elle change d'angle d'attaque.

Lui : c'est pas drôle en soi, c'est après que c'est drôle.

Elle : pourquoi?

Question qui tue.

Lui : parce que le gars au village va me donner un objet qui me rendra plus fort, et des sous aussi.

Elle : et cet objet, il est bien?

Lui : assez, ouais. Pour mon niveau.

Elle : comment ça?

Question fourbe. L'idée, c'est de poser la question qui amènera l'autre à se saborder tout seul.

Lui  : bah plus tard, j'en changerai, quand je serai devenu plus fort.

Elle : Donc tu fais tout ça pour rien, finalement?

Elle attaque.

Lui : non, enfin, si, en passant par des objets intermédiaires, on devient de plus en plus fort. Et ça me fait monter de niiveau de buter des monstres. Rome s'est pas faite en un jour. C'est progressif.

Elle : ah bon.

Lui : eh ouais.

Un moment passe.

Elle : tu t'amuses bien, là?

Non, il ne s'amuse pas. Elle le sait puisqu'il grogne depuis un moment. Donc, histoire d'en rajouter une couche, elle pose une question débile qui va rendre la situation encore moins drôle/encore plus chiante.

Lui : bah non, ça veut pas drop cet objet de merde.

Elle : quoi?

Lui : les sangliers donnent un objet quand on les tue. Mais je le trouve pas, ça tombe aléatoirement.

Elle : et donc tu t'amuses, là?

Elle tend son piège.

Lui : nan, là, ça commence à me faire chier.
Elle : bah arrête, alors.

Sous-entendu : et viens donc avec moi regarder un film de merde.

Lui : non, ça résoudra pas la quête.

Elle : mais tu payes pour t'amuser, non? Et là, tu t'amuses pas, tu me dis. Donc tu payes pour rien.

Lui : ...

Elle : tu dis rien.

Lui : qu'est-ce que tu veux que je réponde à ça?

Elle : ...

BAM cacahuète. Mais raisonnement d'une justesse parfaite pour une fille. C'est machiavélique.

 Elle repasse à l'attaque.

Elle : un jeu, c'est fait pour s'amuser. On s'amuse aux cartes, aux petits chevaux... Là, tu t'amuses pas. Avoue.

Lui : je regarde le long terme. Tu peux pas comprendre.

C'est un argument creux qu'elle utilise souvent. Sauf que là, comme c'est la guerre, il retourne son arme contre elle. Il ne sera pas tout seul à perdre des plumes dans cette bataille psychologique.

Elle : le long terme, hein? Dans cinq ans?

Lui : mais non, dans cinq ans, y'aura sans doute même plus de... De...

Il réalise qu'il vient de se faire piéger en beauté. La suite de la phrase est un aveu, mais il est acculé.

Lui : ... De jeu. Les serveurs seront arrêtés depuis belle lurette, j'imagine.

Elle : et donc ce personnage pour lequel tu auras sacrifié tant d'heures, il disparaîtra, j'imagine. Donc, tu auras fait tout ça pour rien. Tu auras perdu un temps fou pour ne même pas t'amuser tout ce temps.

Il a perdu. Du coup, il éteint son PC, amer... Mais il est beau joueur.

Lui : ... Resto?

Elle, triomphante mais simili-belle joueuse : d'accord. On regarde un film avec Meg Ryan après?

Lui : ... Allez...

 

Les filles, c'est pas super fourbe, sans déconner? Et c'est comme ça qu'on affame le jeu vidéo. Des milliers de personnages innocents disparaissent à cause de votre foutu pragmatisme. Vous êtes dangereuses. Et sournoises. Et fourbes. Et... Et... Et cornemuse. Surtout cornemuse. Mais j'avais pas d'autre mot, alors...

Ouais chérie, j'arrive...

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Elo 06/04/2010 17:40


Ouais moi je suis femme de geek et je le vis bien ... depuis qu'il joue plus à Wow lol (je comprends et même parle geek maintenant) si si !
Mais j'ai carrément vécu cette situation (enfin j'allais pas jusqu'à cette chiantise là... quand même... si ? Ah bon ? Non tu exagères...)
Courage les filles ;-)


Shinkel 06/04/2010 18:11



C'est de la fourberie, de la fourberie.  TYPIQUEMENT féminin. Si si.