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La boîte à fourbi

Les pots de départ

27 Mai 2011 , Rédigé par Shinkel Publié dans #Peublik Reulaysheunz

Aujourd'hui, j'ia un collègue prestataire qui a trouvé un boulot en dur et qui, donc, fait un pot de départ. Classique, voire logique diront certains, mais quelle cérémonie compliquée!

 

Déjà, quand en faire? Je me souviens, quand j'étais à l'usine lorsque j'ai débuté mon CDI, j'ai passé trois semaines à crapahuter sur les chaînes de production, c'était au demeurant intense, épuisant mais aussi redoutablement instructif, ceci étant je me souviens lorsque j'ai rappelé à mes collègues de là-bas que je m'en allais le vendredi après-midi et que mon stage était fini, ils ont eu l'air surpris : "tu t'en vas et tu ne fais même pas un pot de départ?". Je me suis senti bien seul. Je me disais que trois semaines, c'était finalement bien peu, mais "ça se faisait".

 

Ensuite, pot d'arrivée dans le service. Il me semble me souvenir qu'on en avait fait un avec un collègue arrivé en même temps que moi. Pas de mail à l'époque, rien, juste un déjeûner à la bonne franquette.

 

Puis, j'appris le calvaire de "la petite enveloppe", celle qui suit généralement le mail à watmille personnes. L'idée, pour ceux qui vivraient sur une autre planète, c'est que la personne qui se barre ou qui arrive (plus rarement) envoie un mail pour prévenir ses anciens et/ou ses nouveaux collègues que l'on se barre ou qu'on arrive et qu'on aimerait les voir "autour d'un croissant". Outre le côté bon enfant extérieur, il y a aussi pour chacune des personnes destinataires du mail, l'obligation sociale (très subjective, d'ailleurs) de mettre en branle le mécanisme meurtrier de "la petite enveloppe".

 

En gros, quelqu'un se dévoue (soit spontanément, soit devant l'absence de réaction générale) pour lancer une quête auprès de [tous les destinataires du mail MOINS l'émetteur original] avec un joli "Répondre à tous" en prenant soin de supprimer l'émetteur (pour ceux qui ne suivent pas). A partir de là, on peut observer plusieurs comportements :

- Equipe radine : au sein de la même équipe de destinataires, personne ne donne rien, mais personne n'ira non plus au pot. En gros, c'est un oubli collectif. Existe aussi en version individuelle, notamment de la part d'un individu planqué dans une autre direction lointaine MAIS quand même destinataire du mail (quelqu'un que l'émetteur a connu à un moment donné et qu'une étincelle a faire resurgir dans la liste de destinataires - surtout comme potentiel contributeur, mais là, c'est loupé)

- Equipe vautour : eux, ils ne donnent pas, mais en plus ils viennent et se laisser remercier par celui qui reçoit les offrandes. Généralement, ils se font mal voir. Et accessoirement, ils ne comprennent pas pourquoi. Plus discret est celui qui est seul avec ce comportement, il peut passer entre les mailles du filet de la question "heu, il a donné, lui, ou pas? Je ne me souviens plus" des divers donateurs présents.

- Equipe généreuse : généralement, c'est aussi celle qui prend l'initiative de lancer la quête et d'aller acheter les offrandes, puisque bien souvent étant l'équipe d'origine du transfuge. Par ailleurs, tout le monde donne la même chose. Le "généreux tout seul" existe aussi, il donne bien souvent une somme plus importante "dans le doute".

 

Dans l'équipe généreuse, si elle est aussi "équipe décisionnaire/responsable des offrandes", le porte-parole peut avoir divers comportements, notamment :

- Discret, genre le cadeau est accessoire : "bon, bah avec les collègues, heu, on pensait que ça te plairait de faire ci ou ça, donc heum, bah voilà, on espère que, heu, ça te plaira, c'est pas grand-chose mais bon." De base, tu t'attends à pas grand-chose avec un discours pareil, donc ça fait forcément plaisir (sauf collègues de vraiment mauvais goût).

 

- Extraverti à outrance, genre regarde comme on est des gens bien, très commercial : "alors Machin (grande tape sur l'épaule), avec les collègues (arc de cercle vers ceux qui ont donné avec le bras tendu) on s'est COTISES et puis comme on savait que tu aimais ci et ça, bah on t'OFFRE (accent mis sur le verbe offrir) un SUPER [truc assez bateau mais bien sympa quand même], comme ça on est sûrs que ça te plaira, pas vrai?". Là, l'émerveillement est de circonstance sous peine de passer pour le dernier des c*nnards, même si c'est une serviette achetée chez Carrefour pour moins d'un euro.

 

Ensuite, passons du côté du destinataire des offrandes. Place que j'ai, au demeurant, connue. Il serait faux de dire qu'on ne pense pas à ce que les autres vont vous offrir. Déjà, un peu de stress : vais-je recevoir quelque chose? Si oui, quoi?

Oui, parce qu'on s'imagine que ce potentiel cadeau est, quelque part, le reflet de l'estime qu'ont les gens pour vous. Alors qu'en fait, pas nécessairement. Imaginez un collègue proche, vous l'avez dépanné X fois, lui aussi vous a sorti de la merde, et vous apprenez qu'il n'a rien donné (au hasard d'une conversation dans laquelle quelqu'un a plus ou moins malencontreusement bavé) : vous pensez plus ou moins logiquement (attention, la logique n'est pas nécessairement le bon sens :p) qu'il n'en a rien à secouer de vous, alors qu'en fait il n'a juste pas eu le temps ou le moyen de retirer des sous parce qu'il s'est réveillé au dernier moment (semaine surchargée?), bilan, pouf, rien. Et à cause de cette affreuse petite enveloppe, votre regard change du tout au tout sur cette personne. C'est moche, hein?

 

Etonnant, finalement, comme une chose qui se veut de bon aloi (marquer le coup, tout simplement) parvient finalement à dévoiler la cupidité, l'intéressement et l'égoïsme de l'être humain, non? Bon, après, tout le monde n'est pas pareil et sans doute existe-t-il quelques rares individus qui font ça de manière totalement désintéressée, mais très honnêtement, qui ne s'est pas posé la question, au moins une petite fois?

 

Après, petite anecdote : il y a maintenant un moment, un collègue est parti à la retraite. Il me semble qu'il avait fait un petit mail succinct (genre "je pars en retraite et j'organise un petit déjeûner" point barre) et une collecte avait été organisée. Comme il connaissait beaucoup de monde, il s'est retrouvé finalement un petit pactole dans la fameuse enveloppe. Le collègue qui prenait sa relève et qui avait organisé la collecte a, après consultation générale, opté pour l'achat d'une guitare, et une belle qui plus est, puisque Daniel, le gars sur le départ, se trouvait être mélomane.

Outre le léger malaise quand il a reçu son tout de même beau cadeau, quand il a à peine exhalé un "bah merci" et joué deux ou trois notes, ce qui m'a choqué, c'est qu'il n'a même pas pris la peine de remercier avec un simple "répondre à tous", coutume de rigueur une fois que l'on a reçu le "petit quelque chose", pas un au revoir ni un merci, plus de son et plus d'image.

Vous me direz, il partait en retraite, OK, et peut-être aussi que je suis à cheval sur l'ingratitude (ce qui est tout à fait le cas), mais j'ai été franchement surpris. Personnellement, même si, en toute honnêteté, la question m'a traversé l'esprit de "quelle est l'estime qu'ont mes collègues pour moi?", j'ai sincèrement été très heureux de ce qui m'a été offert et j'ai remercié chaudement ceux qui étaient venus, c'est quand même le minimum syndical. Mais là, se barrer comme un malpropre en mode "plus de son, plus d'image", j'ai trouvé ça moche.

 

Enfin bon, ça reste malgré tout un bon moment, même si ça fait drôle quand on quitte un bon environnement de travail de se dire que notre équipe ne sera plus notre équipe, mais après, c'est une question de sensibilité, je suppose.

 

http://ring.cdandlp.com/francophonies/photo_grande/114762809.jpg

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