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La boîte à fourbi

Message d'un gros lourd

3 Août 2011 , Rédigé par Shinkel Publié dans #Coups de gueule, polémiques

Hier soir, il m'est revenu un sujet dont je voulais vous entretenir, à propos d'un problème que beaucoup (et, si l'on en croit les études, de plus en plus) connaissent : être en surpoids.

Sachez chers amis avant de commencer que tout le monde n'a pas la même sensibilité quant à sa surcharge pondérale. Cela passe pour une évidence, mais j'ai pu remarquer que les gens ayant cinq kilos à perdre se mettaient dans le même sac que les gens en ayant quarante, et pas de la manière la plus diplomatique.

C'est un sujet sur lequel j'ai quelques messages à passer, mais je ne sais pas par où commencer  ni de quelle manière les tourner sans laisser ma colère - car il en question - prendre le dessus sur la formulation du fond de la pensée.

 

En matière de surpoids, je suis un cas à moi tout seul. Déjà, je suis supérieurement numérique à une majorité de gens (au moins en France), avec mes 130 kilos, plus ou moins 3 selon la saison. Je fais 1m90, ce qui me permet de relativement bien tous ces kilos, il n'est même pas rare que l'on me donne vingt, voire trente kilos de moins. Soyons clairs, je ne suis pas là pour me plaindre, ou pour faire passer un message relativiste façon "vous voyez, je suis encore pire que vous, alors foutez-la en veilleuse". Non.

 

Commençons par l'historique : j'ai toujours été grand pour mon âge. 10 ans, 1m64, en 1994, ça ne courait pas tellement les rues, à comparer à maintenant ou les gosses s'allongent de plus en plus. De par mon patrimoine génétique, je suis assez favorisé par la prise de poids, mais jusqu'à environ quinze ans, cela fut assez simple, dès que je prenais un peu trop de ventre, mon corps gagnait en hauteur, me permettant d'avoir une silhouette qui s'équilibrait.

Une fois atteint le mètre quatre-vingt, j'ai grandi moins vite, pourtant je prenais toujours autant de poids et aussi régulièrement. Mes quatre-vingt kilos, j'ai du les passer dans ces eaux-là.

Ma mère a toujours été prompte à me dire que je "devenais trop gras", oh, pas méchamment, mais je pense surtout qu'elle ne se rendait pas compte, c'est le cas de le dire, du poids des mots. Quand on est adolescent, comme si les hormones aidaient à se sentir bien dans ses pompes à l'extérieur, il fallait en plus que je me prenne d'autres styles de missiles à la maison. D'aucuns diraient : ça fait plaisir. Par ailleurs, de par ma taille, je ne me faisais jamais charrier sur mon poids, que moi seul connaissais. C'était en quelque sorte mon boulet à moi, c'est du moins en ce temps-là que j'ai commencé à en prendre conscience. J'évitais les balances, je les évite toujours, je trouve même que c'est l'appareil qui porte le mieux son nom. Enfin bon.

 

Mon problème, c'est surtout que dès que j'ai un temps mort dans ce que je fais, il faut que je boulotte un truc. Schématiquement, évidemment, je ne suis pas toujours avec quelque chose dans le bec, mais il est certain que c'est le grignotage qui constitue mon pire ennemi, encore à l'heure actuelle.

 

C'est ici que je pense qu'il est important de comprendre une chose : si, a contrario de quelques amis, je m'en tirais mieux d'un point de vue de la silhouette, c'est parce que 1) j'étais plus grand et 2) j'ai toujours - encore aujourd'hui - tellement voulu plaire, rentrer dans le rang, ,ne pas être le porcinet de service, que cela fait bien plus de dix ans que je travaille ma posture tous les jours, chose que peu de gens en surpoids, notamment les hommes, font sérieusement. Je ne parle pas  de rentrer le bide quand on est à la plage, mais bien tout le temps, se forcer tellement à le faire que ça devient naturel.

 

Quand donc dans mon cas, ma mère ou n'importe qui vous fait remarquer votre ventre, même sans faire exprès, vous n'imaginez pas la douleur que cela peut être, surtout si vous avez un coup de blues au moment où ça vous arrive dans la tronche. Mais - et je m'adresse maintenant aux auteurs de ce genre de phrases - qu'est-ce que vous vous imaginez? Qu'on ne le sait pas?

Est-ce que c'est vous qui vous levez le matin, qui vous regardez dans la glace, avec ce ventre bien trop gros? Dans mon cas, est-ce que vous avez la moindre idée de ce que "surpoids de quarante kilos" représente?

Est-ce que vous savez ce que c'est que de ne pas trouver des vêtements à sa taille, sauf dans les magasins marqués explicitement "grandes tailles", ou de se retrouver dans le rayon "spécial gros" (même si les mots ne sont pas exacts, encore heureux)? A titre d'exemple, quand j'ai quelqu'un qui me dit devoir perdre trois kilos, qu'il me dit qu'il a du mal à trouver un quarante six par exemple, qu'est-ce que je dois dire? Moi, la taille 56, je dois faire combien de magasins pour en trouver, à votre avis?

Alors oui, on peut toujours trouver matière à se plaindre, je ne le nie pas. En fait, ce que je dénonce, ce sont les avis à l'emporte-pièce de personnes qui s'imaginent que, parce qu'elles doivent, ou ont connu par le passé le besoin de perdre une poignée de kilos, s'imaginent avoir tout connu, avec force "non mais t'inquiète, je CONNAIS."

Non. Tu as connu ton cas à toi.

Et si ça se trouve, tu prends un mec dans la rue qui doit perdre deux kilos là où tu devais en perdre cinq, et ça le rend malade.

Evidemment, cela s'applique aussi aux trop maigres, la belle affaire quand on doit faire un ourlet sur un tour de taille, youpi.

Et que dire des médecins? Là, j'ai une dent contre eux à ce niveau-là. Combien de fois m'a-t-on dit "vous devriez perdre du poids"? Je ne les compte même plus. Comme s'ils s'imaginaient nous apprendre quelque chose! Comme diraient les américains : "thank you, Captain Obvious!" (merci, capitaine Evidence). Oui, je SAIS. Je sais bien que je suis trop gros, gros malin. J'ai mal aux genoux, je traîne mon corps comme un boulet à côté de tous mes potes, je suis plus vite fatigué en général, la balance me jette des cailloux, JE SAIS BIEN QUE JE SUIS TROP GROS! Et toi, derrière ton bureau, tu t'imagines m'apprendre un truc neuf. C'est insupportable. Et blessant. Tellement blessant.

 

Autre conversation, nous parlons d'amis qui s'en sont encore moins bien sortis que moi. Question idiote : "tu lui as parlé de son poids?" Comprendre : "entre gros, vous parlez de votre poids?". A la lumière de ce que je viens de vous dire, à votre avis? Puisqu'on sait que c'est un sujet douloureux, bien sûr que non. Et même si on ne peut pas prétendre savoir ce que vit l'autre, son propre dégoût de lui-même, on peut avoir une idée, mais c'est tout. Alors par pitié, n'essayez pas de vous mettre à la place de l'autre, dans pour ce genre de sujets. L'empathie, c'est bien, mais il y a certaines choses qu'il ne vaut mieux pas aborder avec tout le monde. Et notez que ce n'est pas parce que l'on en parle pas qu'on s'en fiche. Vous croyez savoir ce que l'on vit, vous ne le savez pas. Apprenez la différence avant de l'ouvrir, parce qu'un de ces quatre vous ferez vraiment mal à quelqu'un, qui n'aura rien demandé.

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jean-marc 14/08/2012 21:13

Et physiquement, portez-vous facilement votre taille et votre poids ?

jean-marc 13/08/2012 17:07

J'ai toujours eu une image positive de l'homme bedonnant, à condition qu'il soit soigné, pas en tongs et n'essaye pas d'avoir l'air sportif.

Shinkel 14/08/2012 08:56



C'est vrai, le ventru a une bonne image tant qu'il n'est pas négligé. Il inspire la bonhomie et l'absence de prise de tête, je suis bien d'accord là-dessus :)



Jean-Marc 22/07/2012 19:27

J'ai exactement la même taille et le même poids que vous et loin de moi l'idée de rentrer mon ventre ! Au contraire, pourquoi ?

Shinkel 22/07/2012 20:24



Bonjour Jean-Marc et merci de votre commentaire, avant tout.
En fait, je pense que la réponse est avant tout : le regard des autres. Peut-être est-ce dépendant de tout un chacun, mais je ne me résouds pas à apparaître comme un bedonnant si je peux
l'éviter. Remarquez, le bon côté de la chose, c'est que les abdos travaillent :D
Donc, si je peux avoir une influence qui, au final, ne me coûte pas grand-chose, sur ma silhouette sans en passer par un régime, pour lequel je n'ai absolument aucune volonté, je l'utilise.
Peut-être qu'avec le temps, cette importance du regard d'autrui s'amenuisera, mais pour le moment, je retiens toujours mon ventre un peu. Evidemment, je n'en suis pas à me rendre tout bleu à
force de retenir, c'est devenu totalement passif et naturel, comme ancré dans le corps.
Finalement, ce n'est qu'une question d'orgueil, pour ce qui me concerne.

Vous vivez bien votre morphologie? Ou bien avez-vous passé un cap mental qui vous fait dire, finalement, au diable ce que pensent les autres?



HeXa 24/08/2011 00:38


Je te trouve un peu dur avec les gens. Meme si je me situe personnellement plus dnas la catégorie "ourlet au nombril", je pense qu'on a passé l'age de faire étalage de nos differences physiques. Je
ne dirais pas que tu es "gros". Tu es simplement costaud. Tu as la force physique qui va avec. Et par certains cotés, cela te plait d'avoir ce corps avec cette puissance (dois-je te rappeler que tu
m'as suspendu à l'envers par les jambes, juste à la force de tes bras? ) Donc certes, je ne vis pas ce que tu vis, mais je trouve que le tableau n'est pas aussi noir que ce que tu as écris. (mais
ce n'est que mon opinion ;-) )


Shinkel 24/08/2011 08:37



Je dois dire en fait que j'ai écrit cet article après une discussion qui m'a rappelé ce sujet, qui n'est certes pas ma réalité de tous les jours mais qu'il m'arrive de ressentir en période de
coup de blues. Bien d'accord, j'ai la dent dure, c'est surtout pour faire passer le message que des phrases anodines sont bien plus blessantes qu'il n'y paraît, à tel point que l'on a
l'impression que des gens "forts" se mettent à faire la tronche alors que l'on a l'impression que l'on n'a rien dit de vexant.
Et, à mon grand dam, je n'ai pas réussi à faire passer sous la bonne forme ce que je voulais au final communiquer, j'ai attendu trop longtemps entre le "ressenti" de ce que je voulais faire
passer et la rédaction. M'fin bon.


Après, pour en revenir à mon cas personnel, oui, je n'ai pas à me plaindre, encore une fois rares sont les gens de mon poids en aussi bonne forme, et même, en France en tout cas, rares sont les
gens de mon poids, tout simplement. Mais c'est surtout qu'il a fallu, pour mon moral et pour mon salut, me fait une raison qu'à défaut de ne pas avoir un corps "normal", ou "beau", je pouvais en
faire un corps "utile". C'est ce qui me motive à aller faire du sport trois fois par semaine alors que je n'en ai pas spécialement envie, bon, ok, ça et les douleurs qui accompagnent le surpoids.


Et encore une fois, c'est une question de comment chacun voit son propre handicap, j'essaye de garder une posture qui me met à mon avantage, là où d'autres "lâchent tout". Et quand bien même nous
ne sommes certes plus en âge de montrer quelqu'un du doigt genre "ah ah, tu vois comment il est gros", ce n'est pas pour autant que le problème n'existe pas.


Au final, bien d'accord avec toi, j'ai la dent dure, mais j'ai écrit suite à un coup de sang. Mais j'te casse la gueule et on en reparle, naturellement :p