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La boîte à fourbi

Mais que fait-il?!

15 Avril 2013 , Rédigé par Shinkel Publié dans #Boulot, #Voyages, #Peublik Reulaysheunz

Chers lecteurs, je suis désolé. Je me rends bien compte que je vous délaisse, sans pour autant vous cacher que pondre des articles, ce n'est pas super facile sur le long terme. J'aimerais être plus productif, mais sur quoi?
Il n'y a pas si longtemps, j'avais l'excuse du travail, dur labeur si l'en est, mais même quand je commence de nouveau à pouvoir souffler un peu, je me retrouve en panne d'inspiration.
Ceci étant dit, je peux par exemple vous raconter mon voyage en Roumanie, mon second et a priori dernier, je le crains.
En fait, comme beaucoup de boîtes en France, nous avons des bureaux chez nos amis de l'Est. Et quels bureaux, ai-je même envie de dire. Ah si, c'est plutôt propre. C'est aux alentours de Bucarest, et autant vous dire que si l'aéroport en lui-même est tout ce qu'il y a de plus standard, que les routes ont du béton dessus et les voitures quatre roues et une carrosserie, plus quelques trucs dedans, ça ne change pas tant que ça, pas autant que beaucoup de Français tels que moi le croient.
C'est vrai que les préjugés ont la vie dure, même pour moi (surtout pour moi, les jugements à l'emporte-pièce, j'en fais dix par jour, à mon grand dam d'ailleurs). En fait, je savais que mes collègues roumains étaient sympathiques, mais je ne les connaissais pas plus que ça. Oh, il y avait bien quelques anciens, que l'on avait déjà vus en France, mais guère plus.
Pour moi, la Roumanie, c'était plein de gens qui parlaient une langue proche du russe, avec plein de fins poivrots comme le Net aime en faire voir, et de la belle fille à tous les coins de rue. Ah, et puis, comme je suis dans l'automobile, des poubelles d'après-guerre toute rouillées, mais aussi des charrettes à boeufs et des vieilles en costume folklorique, équivalentes à nos bigoudennes locales.
Eh bien, croyez-moi ou pas, ça narine à voir! Oui oui, narine. C'est un calembour. Comme Narine Le Pen. Ah ah, un calembour nationaliste. Je suis décidément en forme.
Déjà, le roumain, ça n'a rien à voir avec le russe. Genre : pas du tout. Le seul mot qu'ils ont en commun, c'est "da" pour oui. Même le "non" n'est pas pareil ("niet" pour les russes, "nu" - se prononce nou - pour les roumains). En fait, quand on entend un Roumain parler, on croirait entendre un italien! Combien de personnes envisagent en effet le roumain comme une langue latine? Très peu. Pour avoir eu du russe et du roumain dans la même pièce, je vous garantis que ça ne sonne ABSOLUMENT PAS pareil. Oh, on peut en effet trouver un penchant certes plus slave dans le roumain par rapport à l'italien, mais ça reste étonnamment proche. Première révélation pour le Français ignare que je suis.
Les poivrots, il doit bien y en avoir. Mais je n'en ai pas vu, dites-moi! Limite, il m'a semblé voir plus d'ivrognes chez nous... D'ailleurs, saviez-vous que, comme dans beaucoup de pays, la limite d'alcoolémie au volant est de 0? Pas zéro virgule cinq, zéro. Seconde révélation.
Des belles filles, oui, il y en a. Je pense même que l'hiver n'a pas aidé, parce que mes deux missions ayant eu lieu en janvier et en avril, ce n'est pas exactement la joie niveau tenues légères, m'voyez. Cela dit, il y a en effet des beautés de temps à autres qui sont absolument remarquables, sans tomber dans le graveleux : une beauté discrète mais qui attire immanquablement l'oeil, sans qu'il y ait besoin de la présenter vulgairement. Mais bon, dans l'ensemble, désolé d'en décevoir, il n'y a pas d'incroyables naïades à chaque pas, eh non.
Enfin, pour en finir avec mes préjugés, pas vu une seule charrette à boeufs sur les routes, ni même une bigoudenne locale. OK, j'ai vu des voitures dont même le nom a été oublié par l'Histoire, mais rien de franchement dramatique. Après, il faut aussi préciser que je suis resté uniquement à Bucarest et proche banlieue, il serait dommage de résumer la Roumanie à cela.
Vraiment dommage, oui, parce que Bucarest, c'est moche. Dépareillé, pas fini, à l'abandon, je croyais que l'immobilier fleurissait en observant des pâtés d'immeubles non finis, mais penses-tu! Ce sont des machins qui datent de 1989, reliques de la fin de l'ère communiste et la défaite de Ceausescu. Et il y a quelques-uns, des édifices incomplets! Qui gâchent allègrement le paysage, est-il utile de le préciser.
De plus, l'architecture est totalement dépareillée. C'est-à-dire que vous aurez des masures en ruines à côté d'une maison construite à 15m très étroite, tout en hauteur, elle-même bâtie à proximité d'une demeure fort respectable mais qui n'aura rien en commun avec sa voisine.

Mais que fait-il?!

Je remercie Google Street View pour avoir rendu totalement inutiles les photos que j'aurais pu prendre si j'avais eu autre chose que la flemme d'embarquer mon appareil photo.
Donc, ça, je ne connais pas cet endroit, mais c'est assez représentatif de ce que j'ai pu voir dans Bucarest.
Autre particularité : à Voluntari, en bordure de Bucarest, le secteur dans lequel j'étais n'avait pas de trottoirs. Eh bah croyez-moi, ça rend les choses pénibles quand on a quelques pas à faire dans la rue! Chaussez vos bottes mes gaillards, car nous allons au contact de la nature! Enfin, de la boue, quoi. Bonne chose aussi, les bottes, c'est pour les morsures de chiens. Ah oui, parce que la nuit, quand vous sortez, vous risquez cent fois moins de vous faire braquer par des bandes quelconques que de vous faire chiquer par un cuƫu cuƫu ("koutsou koutsou") qui est venu avec sa famille (ouais alors ça, le T cédille, il y a un coup à prendre, mais j'y reviens plus loin). "Cuƫu cuƫu", c'est le bruit qu'on fait quand on veut faire comprendre à un chien que l'on souhaite qu'il se rapproche, vous savez, l'équivalent du "petit petit" de nos arrières -grands-parents, ce bruit avec les lèvres en cul-de-poule prises de spasmes. Je ne sais même pas si je l'écris bien, d'ailleurs. Chose rigolote, ils ont un autre bruit pour les chats, qui serait le "pis pis" ("pisse pisse", à prononcer). J'ai même ouïe dire qu'il y en aurait encore un pour les rongeurs.
Bref, gare aux ienches, voyez-vous. Non, ce n'est pas du roumain, c'est du djeunz.
Passons à la graille, la bouffe, la pitance. N'étant pas un grand joueur, je n'aime pas trop me risquer dans le bizarre.

Quoi de mieux pour parler de bizarre que ce merveilleux film des Tontons?

Quoi de mieux pour parler de bizarre que ce merveilleux film des Tontons?

L'hôtel dans lequel je me trouvais, fort cossu aux critères locaux, fort quelconque selon les miens, pourtant ne crevant guère le plafond, se trouvait posséder un restaurant au sous-sol, propret, occidental, y'a bon. Attention à ne pas prendre entrée/plat/dessert à chaque fois, c'est un coup à tripler de volume.
Fort heureusement, sorti de ce restaurant tout à fait banal mais agréable - je me suis senti riche, ce n'est pas tous les jours - j'ai eu la possibilité de goûter à la bonne cuisine de Mami. Il s'agit d'une vieille dame fort dynamique qui, avec sans doute fille ou belle-fille, fait la popote en deux ou trois services tous les jours pour une trentaine de personnes; moyennant 10 lei (divisez par quatre pour avoir un prix en euros), vous avez une bonne souplette en entrée (enfin, du bouillon, mais ça reste hautement fameux en dépit du look général; j'ai hésité à prendre en photo, fort heureusement, Google est là) :

La bonne souplette au poulet, bon pour toi. Moi, l'eau était plus trouble et ça faisait moins aseptisé, mais les taches de gras flottant m'ont ravi les papilles...

La bonne souplette au poulet, bon pour toi. Moi, l'eau était plus trouble et ça faisait moins aseptisé, mais les taches de gras flottant m'ont ravi les papilles...

Ensuite, passons au plat de résistance. Spéciale dédicace au schnitzel, plat d'outre-Rhin qui doit être ni plus ni moins qu'une escalope panée, servi avec des patates divines (je ne pensais pas nos amis de l'Est aussi balèzes en frites, c'est là encore un ravissement). Schnitzel servi avec une tranche de fromage fondu et une demie-tranche de jambon, la classe américaine.
Plus traditionnel, les mititei (que l'on m'a prononcé "mitch", qui voudrait dire "petit"). Il s'agit de saucisses sans peau avec de la farce. Servi avec de savoureux tubercules, ceci poutre sa petite maman. A un détail près. Moi, c'était pas des frites que j'avais. Non. Moi, j'ai eu un truc qu'un français a sans doute du mal à concevoir.

Des mititei dans leur milieu naturel.

Des mititei dans leur milieu naturel.

En effet, si vous avez l'habitude des frites, moins d'entre nous mangent des haricots blancs. mais combien mangent de la PUREE de haricots blancs?
Je sais, pour en manger régulièrement, toute la puissance bourrative du haricot blanc. En plus de son incroyable pouvoir explosif, bien entendu. La purée, de son côté, constitue la nourriture la plus proche de l'enduit industriel (seconde place réservée au médicament Smecta). Eh bien chers amis, la purée de haricots blancs, c'est le meilleur des deux mondes. Nous avons en effet là quelque chose de tellement dense qu'il en arrive à atteindre les terres sacrées de la relativité : le temps ralentit et la lumière dévie. Et moi, j'avais ce truc-machin dans mon assiette.
Avec le petit "plus" Periglioni : l'ail.
C'est que voyez-vous, je déteste l'ail. Au pays de Dracula (au ,passage, la Transylvanie, ce n'est pas un pays, mais une région de la Roumanie), je n'ai pas trop su s'il était bien vu ou pas de ne pas aimer l'ail, mais bon. Toujours est-il que l'ail, c'est un sport national, là-bas. Mais ça, je ne m'en suis rendu compte qu'à la fin de mon assiette, parce que l'apport d'ail était très léger et savamment dosé. C'est d'ailleurs la sortie d'une collègue roumaine qui m'a découragé de tenter l'assiette mystérieuse dans un petit boui-boui traditionnel : "Et encorrre (elle roule les R, comme tous les Rrrroumains, je trouve ça super rigolo à l'oreille), tu as de la chance parrrce qu'ici, c'est de la bonne cuisine; plus la viande est mauvaise et plus il y aurrra de l'ail dedans, ça cache le goût". Diantre. Les "bons" mititei, ça a déjà eu du mal à être assimilé dans mon auguste bedon sinistré, je n'imagine même pas l'état de la tuyauterie après ingurgitation de trois fois (ad minima) la même dose d'ail. J'ai d'ailleurs passé l'après-midi à parler avec la bouche de travers, pour ne pas asphyxier mes collègues. Long après-midi, quand je m'en souviens.

Parlons subtilités du langage, maintenant. Sorti des infaisables (pour ma bouche malhabile) R roulés, il y a aussi les lettres curieuses, telles que ƫ (le t cédille, qui se prononce tout simplement "tseuh"; une collègue m'a dit "pense à pizza, ça se prononce pareil"). Viennent ensuite le s cédille (ş , pour "cheuh"), le a "accent qui n'existe pas" (ă), qui est à mon sens le pire à prononcer (un son "euh" prononcé avec la gorge serrée... Bon courage), sachant que ça passe tout seul quand il est fondu dans un mot (et qu'on a l'habitude). Evidemment, le u se prononce "ou", à l'allemande, et c'est à peu près tout.

Dernier point, nos amis de l'Est aiment bien chauffer BEAUCOUP les bâtiments : en plein hiver, je ne crois pas avoir déjà dormi la fenêtre ouverte, et pourtant, c'était une totale nécessité dans mon hôtel. Pareil pour les bureaux et les ateliers, j'ai certainement dû décéder quelques fois dans une flaque de transpiration. Il faut dire que je n'apprécie pas la chaleur d'habitude, mais là, j'avais pris une chemise sur mon légendaire t-shirt, pauvre de moi! Même le t-shirt était de trop (mais pour éviter toute émeute ou manifestation gastrique, je l'ai tout de même gardé, n'ayez point peur). Affreux. En été, la température chaude, c'est 40°C. En mode continental, donc "insupportable" (je me souviens encore du four au port du Pyrée en 2009). Avec -30°C en hiver, nous avons un sympathique delta de températures de 70°C. Une paille. Méfiez-vous si vous souhaitez y aller!

Voici qui conclut ce que je peux vous dire là tout de suite sur mes deux missions en Roumanie. Pas trop mal, pour un article improvisé, non? A vous les studios!

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